Protéger les petites filles des petits garçons ?

Mon bel amour. Tu as 4 ans. Et comme tous les enfants de 4 ans. Tu t’intéresse aux différences entre les garçons et les filles. Je savais que ça allait venir. Je pensais que j’étais bien préparée pour ça. Que de te dire que c’est personnel et que qu’on « fait ça » dans l’intimité ça allait suffire.

Je ne la redoutais pourtant pas cette étape là. Je sais que c’est tout à fait normal. Tous les livres le disent. Tous mes profs. me l’ont dit : c’est une étape normale du développement de l’enfant. Pourtant, comme bien des fois où je pensais être en contrôle depuis que je suis devenue maman, ce n’est pas le cas.

Dernièrement, il y a eu cette fois à la garderie, où ton éducatrice  m’a racontée qu’avec ton amie, vous vous étiez observés.

Éducatrice  : « Je lui ai dit qu’on ne se déshabillait que dans la salle de bain. Il a pris son amie par la main et lui a dit : « viens avec moi dans la salle de bain. » « .

J’ai réprimé un sourire. T’es intelligent. J’ai vu que tu me regardais, que tu étudiais ma réaction. Je savais qu’elle allait compter pour la suite. Dans l’auto on a discuté. Des parties personnelles du corps.

« Personnelle pour elle mais personne-lui pour moi maman!! »

Petit comique. Quand t’es mal à l’aise tu fais de l’esprit de bottine. Des blagues, pour camoufler le tout.

Quelques jours après il y a eu la fois avec ta cousine. C’était un peu de notre faute, on vous avait envoyés à la salle de bain en même temps. Encore une fois :

-C’est personnel.
-Non c’est personne-lui.
-Poulet. On en a parlé cette semaine. Tu le sais que c’est personnel.
-Personne-lui.
Soupir.

Je ne savais pas quoi dire de plus. Honnêtement j’étais mal-à-l’aise. Papa-poule encore plus que moi. En tant que ta maman à toi, le garçon je me sentais responsable. Comme si parce que t’étais le gars, t’étais fautif de quelque chose de plus. Pourtant, moi je suis une fille et je me souviens vaguement d’avoir traversé la même période que toi. Tu me regardais dans les yeux pendant que ta cousine se faisait expliquer la même chose que toi. Un peu différemment, puisque c’est une fille. Sa mère lui expliquait qu’elle avait le droit de dire non.  T’attendais de voir si j’allais me fâcher je pense. Mais je me suis pas fâchée.

Toute la soirée j’étais aux aguets. « Fesses, noune, pénis. » Je trouvais pas ça drôle. Là je me suis fâchée. J’ai oublié toutes les théories de normalité. « Ça va faire poulet ».

On est reparti. Je ressentais un immense malaise sur la façon dont j’avais géré la situation. Cela m’a chicoté pendant plusieurs jours avant que je ne sois capable de mettre des mots sur ce qui me tracassait. J’ai finalement compris mon amour, que je t’avais prêté des intentions d’adulte. Alors que t’es encore tout petit. Pis c’est pas correct. Je me suis aussi rendue compte que je te tenais responsable. Que je t’en avais même voulu un peu. C’est con. Je t’en ai voulu d’être normal dans le fond. D’être curieux. Alors que j’apprécie tellement cette qualité chez toi normalement.

On vit dans une drôle de société mon chaton. Et cette société me demande de t’apprendre à te contrôler. Plus qu’à une fille. Comme si je devais protéger les petites filles de mon petit garçon . De mon garçon de 4 ans. Comme si parce que tu portes le chromosome y, c’est automatiquement toi qui prenait l’initiative de l’exploration. Que c’était toi le coupable. Je suis malheureusement un produit de cette société et j’essaie doucement de m’en affranchir. Cette fois-là, c’est toi qui en a payé les frais sans que je le souhaite mon amour.

On explique aux petites filles qu’elles ont le droit de dire non. En insinuant que c’est toujours le garçon qui demande. Moi la première. Si j’avais une fille, je lui tiendrais  le même discours. Mais j’ai pas de fille. J’ai deux gars. Pis toi, t’as entendu que ta cousine aurait dû te dire non. Quand dans le fond on ne saura jamais vraiment qui a initié quoi. Pis de de toute façon on s’en fout. Vous êtes deux enfants. Deux enfants normaux. Qui traversent une phase normale.

Je sais ben que la maman de ta cousine t’en voulait pas elle. Alors pourquoi moi, ta maman à toi. Qui doit te protéger et te défendre je t’en tenais rigueur ? Je m’excuse mon poulet.  Après réflexion, je refuse de voir les petites filles comme des victimes et les petits gars comme des « agresseurs », pas à quatre ans. Les mots sont crus. Et ils me font mal en dedans.

Je sais dont ben pas quoi faire avec ça. Je suis dont pas bien avec le malaise qui m’envahit. Et je sais toujours pas comment je vais intervenir la prochaine fois

que ça va arriver. Parce que je sais pertinemment qu’il y aura une prochaine fois. Je vais tenter de t’accompagner du mieux que je peux mon amour. De t’apprendre à respecter les filles autant que les garçons, mais surtout de t’apprendre à te protéger. Des situations ambiguës, et des personnes malhonnêtes qui pourraient te mettre dans le trouble. Parce que j’ai bien l’impression qu’à faute égale, tu seras celui qui portera le blâme, parce que t’es un garçon.
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Author: l’Emmèredeuse

L’emMÈREdeuse, c’est moi : Catherine.
Maman de deux (petits monstres) adorables garçons : Thomas aka Petit Poulet et Henri aka Bébé Loup.
Je suis copropriétaire d’une famille recomposée remplie d’amour et de folie.
Ma plume prend parfois des chemins humoristiques, parfois des plus sérieux, mais toujours ceux de l’authenticité et de l’humilité.
Maman Louve à mes heures. Je partage avec vous les petits et grands moments de mon quotidien de maman.
De maman ben ordinaire.
Qui travaille à temps plein … Pis qui fait son gros possible.