La petite voix des enfants qui disent non.

Hier, il y avait ce papa-là. En haut de la glissade d’eau. Avec son petit bonhomme de deux ans dans les bras. Qui pleurait. Qui criait. Qui disait: « non papa! ». Qui suppliait. Le papa, lui, sourire aux lèvres,  affirmait qu’il devait affronter sa peur. Il avait l’air de se sentir investis d’une mission. Plus le petit se débattait. Plus le papa-géant le maintenait de force contre sa poitrine. J’ai cherché la maman des yeux. Elle était juste là, à quelques pas, elle regardait son fils qui lui tendait les bras et souriait elle aussi. Haussait les épaules l’air de dire : « il faut ce qui faut ». 

Je feelais tout croche en dedans pour le petit bout d’homme. Le papa s’est assis. Devant le regard incrédule du sauveteur qui devait avoir 16 ans. Le petit hurlait. Il tirait sur la chaine que le monsieur portait au cou. J’etais incapable de détacher mon regard de la fine ligne blanche que la chaine en or laissait sur sa peau. Il tirait de toutes ses forces le petit chaton terrorisé. Et malgré tout. Papa s’est élancé. Parce qu’il en avait décidé ainsi. Je l’ai regardé, rendu en bas. Se relever, l’air satisfait. Croyant avoir aidé son coco à devenir un homme.

J’avais envie de pleurer. Et si plutôt son fils perdait toute confiance en lui, son papa, qui devait le protéger? Et s’il perdait aussi confiance en lui-même ? En sa capacité de faire entendre sa petite voix. En sa capacité de faire respecter ses besoins. Et s’il comprenait à tort que lorsque quelqu’un lui dira « non » et même si on lui hurle le non, s’il a l’avantage de la force, cela lui donne le droit de décider si oui ou non il s’arrête. Si oui ou non il respectera les limites de la personne devant lui. 

Ça m’a fait réfléchir parce que en tant que parent on veut que nos enfants soient les meilleurs dans tout. Parce qu’ils sont une partie de nous. Parce qu’ils nous offrent une chance de recommencer où on a échoué nous-mêmes. Et c’est ce qu’on veut leur éviter : l’échec. Parce que c’est pas beau de perdre. Parce que ça nous remet nos échecs à nous dans les dents. Parce qu’on veut réussir encore au travers d’eux. Parce que ça nous donne la fausse impression d’être un bon parent.

On ne veut pas qu’ils soient différents des autres. On ne veut pas qu’ils vivent aucune forme de rejet. Ni d’intimidation. Parce que ça nous ferait dont mal à nous aussi. Parce qu’on serait impuissant. On veut qu’ils se fondent dans leur groupe. Qu’ils aient beaucoup d’amis. Qu’ils soient populaires. Qu’ils aient juste une assez grande touche de folie pour être intéressants. Sans être weird. 

On ne veut pas qu’ils soient en retard sur leur développement, en retard sur leur cousin, sur le bébé du voisin. On veut qu’ils soient bons dans tout. On veut qu’ils réussissent du premier coup. Qu’ils s’adaptent à toute situation. Qu’ils aiment tout le monde. Qu’ils n’aient peur de rien. Qu’ils soient souriants. Qu’ils soient de bonne humeur. On veut le meilleur pour eux, je le sais.

En oubliant souvent que le meilleur, c’est de les laisser être eux-mêmes. Le meilleur c’est ce qu’ils sont déjà. Le meilleur qu’on peut leur donner c’est de les laisser se développer à leur rythme. De les laisser devenir ce qu’ils aiment. Avec leurs limites, avec leurs forces. Surtout avec leurs différences. De leur apprendre qu’être différent c’est toute une chance. 

Le meilleur qu’on peut leur donner c’est de les aimer peu importe ce qu’ils deviennent. Même si ce n’est pas ce que l’on rêvait pour eux. Le meilleur qu’on peut leur donner c’est de les aimer assez, pour qu’ils se sentent libre d’explorer la vie, sans avoir à douter que nous allons toujours être là, tout près. Prêts à les attraper s’ils tombent. Même s’ils tombent souvent.

On veut leur éviter toutes les choses qui nous on fait souffrir en tant qu’enfant, on veut les renforcer. On veut les protéger. Et je faisais partie de ces parents-là. Qui poussent leurs enfants au delà de leurs limites. Mais j’ai arrêté.

Parce que pense que c’était une erreur. Je pense qu’on ne les aide pas en faisant ça. Je gère un petit gars qui s’affirme à la place. Et même si parfois c’est épuisant, ça me rassure qu’il me fasse assez confiance pour ne pas avoir peur de me décevoir, ni de me déplaire.

Parce que de forcer un enfant à faire quelque chose qui lui fait peur, quelque chose qu’il n’a pas envie de faire. En utilisant sa force de grande personne. En utilisant son pouvoir de papa ou de maman. S’en est de l’intimidation.  

S’il y a bien deux personnes avec qui un enfant devrait se sentir libre d’être qui il est. Sans avoir peur de décevoir. C’est son papa et sa Maman. S’il y a bien deux personnes avec qui un enfant devrait se sentir en sécurité lorsqu’il est vulnérable. C’est son papa et sa maman. S’il y a bien deux personnes qui devraient respecter les limites d’un enfant. Qui devraient en être les gardiens, qui devraient s’assurer que tous les respectent en tout temps. C’est bien un papa et une maman. 

Parce que la voix de nos enfants, c’est la voix de la société de demain. Et la première chose que l’on veut pour eux, c’est bien qu’ils sachent respecter leur prochain. Et ce n’est pas en ignorant leur voix d’enfant, aussi petite qu’elle soit, qu’on y arrivera. 

Author: l’Emmèredeuse

L’emMÈREdeuse, c’est moi : Catherine.
Maman de deux (petits monstres) adorables garçons : Tom le dresseur de loups et Henri le Bébé Loup.
Je suis copropriétaire d’une famille recomposée remplie d’amour et de folie.
Ma plume prend parfois des chemins humoristiques, parfois des plus sérieux, mais toujours ceux de l’authenticité et de l’humilité.
Maman Louve à mes heures. Je partage avec vous les petits et grands moments de mon quotidien de maman.
De maman ben ordinaire.
Qui travaille à temps plein … Pis qui fait son gros possible.