J’ai brisé ta famille nucléaire.

Ce soir-là, j’ai pris la décision la plus difficile, et la plus libératrice de ma vie.

J’ai brisé ta famille nucléaire.

Nucléaire dans le sens de noyau. Ton papa, ta maman et toi. Mais tu sais quoi mon petit poulet ? Dans notre cas à nous, le mot ‘’nucléaire’’ faisait plutôt référence à une arme de destruction massive. C’était violent dans nos cœurs d’adultes d’être un noyau. Tout autant violent que de prendre la décision de séparer pour de bons les petits morceaux de relation brisée que l’on tentait de rafistoler depuis des années.

J’ai pris cette décision-là, toute seule. Comme une grande. Un soir ou il faisait aussi froid à l’extérieur que dans mon cœur. J’ai eu mal en dedans. Parce que c’est la dernière chose que je souhaitais pour nous. J’ai tellement eu peur de ne pas être à la hauteur toute seule. Mais j’ai du passer par-dessus cette douleur et cette peur là.

Parce que je trouvais plus important que tu grandisses avec des parents qui sont heureux. Qu’avec des parents qui vivent sous le même toit. Je voulais que tu aies des parents qui sont capables de sourire avec sincérité et de rire à gorge déployée. Plutôt qu’avec des parents qui deviennent lentement les pires versions d’eux-mêmes.

Je voulais que tu grandisses dans une, non deux, maisons sans tension. Parce que tu le mérites.

Je ne le savais pas encore ce soir-là de quelle couleur on allait peinturer les murs de notre petit appartement et de notre nouvelle vie à deux. Je ne savais pas non plus si un jour notre famille allait se recomposer ou pas, bien honnêtement mon seul souci à ce moment-là c’était toi et moi.

Mais ce que je savais par contre, c’est que pour pouvoir jouer mon rôle de maman de la meilleure façon possible. Je devais faire cette petite déchirure dans nos vies. Parce que pour que tu puisses devenir un petit garçon heureux, je croyais sincèrement que je devais l’être d’abord moi aussi.

Parce que ce que je veux par-dessus tout t’enseigner, c’est de te choisir en premier. Que tu ne dois jamais arrêter de te respecter, si tu veux que les autres te respectent en retour. Je ne veux pas que tu restes un jour dans une situation qui t’empêche de t’épanouir ou de grandir. Je ne veux jamais que tu cesses de rêver. Je veux que tu saches que de prendre des risques, c’est nécessaire pour vivre une vie qui te passionne, qui te rendra fier, qui vaudra la peine d’être vécue.

Avec le recul, je sais que c’était la seule issue possible. On a finalement recomposé notre petite famille. On a peinturé les murs de notre petit appartement de bonheur et de bonne humeur. Je me suis choisie. Je t’ai choisi. Et c’est ce que je te souhaite dans la vie mon petit poulet. De te donner le droit de changer d’idée. De te donner le droit, de toujours choisir le soleil, parce que tu le mérite.