L’égalité homme-femme ? Une légende urbaine chez nous.

Cette semaine j’ai lu et entendu des gens dire que l’inégalité des sexes ça n’existait plus en 2016. Que les femmes ont accès aux mêmes emplois que les hommes, aux mêmes salaires et aux mêmes statuts. J’ai beau de ne pas être 100% d’accord avec cette affirmation, il est vrai que nous avons fait beaucoup de chemin pour ce qui est de la reconnaissance de la compétence des femmes en milieu de travail. J’avais envie de m’exprimer sur le sujet parce que je me sens intimement concernée. Comme la plupart du temps, j’ai eu de la difficulté à bien structurer mon opinion et ce que j’avais envie de dire à ce sujet.

Alors je vais faire dans le simple, sans avoir la prétention de dire que je détiens la vérité. Je veux juste vous faire part de ma réalité de femme à moi, en vous partageant une petite tranche de vie.

Je suis une jeune professionnelle qui a une belle carrière qui me stimule et me permet de m’accomplir. J’aime mon travail. Il me permet de m’actualiser et de redonner à la société. J’ai présentement un garçon de quatre ans et un bébé de 8 mois. Je suis donc en « congé de maternité » (rires).

Être mère est pour moi la réalisation du rêve d’une vie. Il n’en demeure pas moins que je n’ai pas l’étoffe d’une femme au foyer. Je suis de cette génération-là : celle des filles  à qui on a dit depuis la plus tendre enfance qu’elles avaient la capacité de tout faire. Que sky is the limit. Qu’elles étaient aussi fortes et intelligentes que les garçons. Qu’elles étaient leurs égales.

Ben chez nous, j’ai beau aimer mon chum gros comme le ciel. Jusqu’à la lune aller-retour même. Je l’échangerais pas pour rien au monde. Mais on est pas égaux.

Notre bébé ne fait pas ses nuits, il s’est réveillé 4 fois hier. Je me suis levée, je l’ai fait boire, je l’ai cajolé et je l’ai rendormi. Rien de plus normal. Ce matin, mon petit Poulet de quatre ans est venu me rejoindre à 6:15 dans mon lit on ne s’est pas rendormis. On s’est collés, et il m’a raconté son rêve.

Je me suis levée, je suis allée à la toilette. J’ai mis mon bébé Loup dans son exerciseur. J’ai fais mon pipi matinal en chantant ‘’Y’avait des crocodiles’’ pour qu’il  m’entende. Parce qu’il débute sa phase d’angoisse de séparation et qu’il pète des coches dès que je ne suis plus dans son champs de vision. Mon chum pendant ce temps-là, a snoozé 2-3 fois.

Puisque bébé  s’amusait bien, j’en ai profité pour vider et remplir le lave-vaisselle comme un ninja tout en faisant le déjeuner de tout le monde. J’ai mangé mes toasts au beurre de peanut frettes vite-vite, les mains semi-mouillées en lavant les biberons et en préparant les céréales du bébé. Mon chum venait de se lever. Frais et dispo il s’est habillé et coiffé.  Il m’a rejoins dans la cuisine de bonne humeur. Il m’a demandé de danser avec lui.

«WTF j’ai tu l’air d’avoir le temps de danser esti !!!!»

J’essaie de me grouiller à en faire le plus possible avant que bébé se rende compte que je suis à plus de 2 pieds de distance de lui.

Bon! Ben oui, c’est ça. Je suis toujours bête.

Je me suis installée pour faire manger bébé.

Chéri était prêt. Il devait aller porter le grand à la garderie ce matin pour m’aider, mais il n’est pas encore habillé.

Vas-y mon amour, il est pas prêt, je vais aller le reconduire. (tabar****)

Chéri part travailler.

Je demande à mon grand de s’habiller, j’ai préparé son linge la veille. Mais c’est pas ce chandail là qu’il veut. Il chiale, va se chercher un t-shirt trop petit dans son tiroir. Pas eu le temps de faire le tri de ses vêtements que je me promets de faire depuis 1 mois encore. C’est ben parfait, ça va être ça aujourd’hui.

J’habille bébé. Le poulet est pas capable de mettre ses bas sur son menton.

«Arrête dont ton niaisage ! Ça va pas sur ton menton de toute façon!»

Aaaaaaah… Talon qu’il voulait dire.

«Excuse-moi chéri.» Met ses bas.

«Ah oui c’est vrai, on a un souper de famille ce soir.»

Prépare les sacs des gars pour la soirée, purées pour bébé, pyjamas.

Prépare ensuite le sac de garderie ordinaire, le sac à couches.

Ça ferait plaisir à petit poulet que je mette ses choses dans sa valise de super-héros pour ce soir.

Cours en bas chercher la valise.

Bébé décide qu’il a assez collaboré pour ce matin. Il crie. Je me dépêche à m’habiller, je chante our la quarante-douzième fois du matin ‘’Y’avait des crocodiles’’ en y mettant beaucoup d’enthousiasme. Marche pu.

Je le prends dans mes bras. Je me coiffe d’une main, on oublie le maquillage aujourd’hui.

Je me bats pour lui mettre le manteau. Bébé a chaud, il pleure.

«Vas t’assoir dans l’auto mon petit poulet. Emmène ta valise.»

«NON TOURNE PAS COMME ÇA AVEC TA VALISE TU VAS….»

Y’est tombé.

Je sors le bébé hurlant et les quatre sacs, (ça me tente pas de faire deux voyages).

Petit poulet est tout mouillé. A les mains écorchées. La morve au nez. Essuie avec ma manche.

Soupir. Esti.

Marmonne dans ma barbe.

Rentre la coquille dans l’auto. Console le poulet.

Garderie.

Débarque la coquille. Rembarque la coquille.

Pis la ben, je m’en vais au bureau. Avec bébé oui. Parce que je suis en ‘’congé de maternité’’.

J’arrive au bureau. Bébé Loup s’est endormi dans l’auto. Re-esti.

Ça fait que j’ai pleuré un petit peu dans mon char.

Parce que j’avais prévu m’avancer le plus possible pendant la sieste qu’il allait faire au bureau. Pis que ça arrivera pas. Parce qu’il est 8 :25, que ça fait 2 heures et quart que je suis réveillée, pis que je suis brûlée ben raide.

Pis hey ! C’était un bon matin ça.

Je vais essuyer mes larmes et aller travailler toute la journée, tout en m’occupant de mon bébé.

M’arrêter à tout bout de champs souvent.

Je vais tout revérifier deux fois, pour être certaine de ne pas faire d’erreur. Mommy brain you know.

Je vais avoir le goût de brailler parce que je n’aurai pas eu le temps de tout finir.

Probablement que ma réalité ne reflète pas celle de toutes les femmes du Quebec en 2016. Ce que je pense c’est qu’elle reflète toutefois une bonne partie de celles des femmes de ma génération.

 Les femmes égales aux hommes.

Celles qui ont des bons emplois et qui sont mères de familles.

Celles à qui l’on demande de jouer deux, trois ou quatre rôles en même temps, et ce, tout en étant performantes. Partout.

 Être les meilleures et les plus belles. Tout le temps.

Celles à qui on demande de ne pas faire d’erreur. Ni au travail, ni dans l’éducation de leurs enfants.

Je l’ai choisis cette vie-là que vous allez me dire. Peut-être.

Mais pas la pression constante que j’ai sur mes épaules par contre.

Est-ce que je pense qu’en 2016 on a atteint l’égalité homme-femme ? Non.

Est-ce que je suis malheureuse ? Pas du tout. Mais je suis pas égale.

Est-ce que des fois je trouve que j’en ai beaucoup trop sur les épaules ? Oui.

Est-ce que des fois ça me fait du bien à l’estime d’être une supermaman ?

Des fois oui. Des fois pas du tout.

Est-ce que je suis une victime ? Pas du tout. Mais je suis pas égale.

Est-ce que je trouve ça difficile être une femme en 2016 ? OUI.

Est-ce que je recommencerais tout de la même façon?

Sans hésiter. Mais qu’on arrête de me dire que je suis égale.

Encore une fois, mon but aujourd’hui n’est pas de dire que je détiens la vérité, tant mieux si ailleurs c’est différent.  Je vais sûrement me faire dire que j’ai pas rapport, que je dis n’importe quoi. Mais c’est pas du n’importe quoi pour moi. C’est  MA réalité de femme pas  égale aux hommes. MA réalité de femme moderne d’aujourd’hui.

***Ce texte a été écrit en Octobre. Beaucoup d’eau à coulé sous les ponts dans ma vie. Je me suis rendue compte que le sentiment d’injustice que je vivais m’appartenait en grande majorité. C’est à moi de nommer mes besoins et à veiller à ce qu’ils soient comblés. À moi de faire en sorte que ma vie familiale corresponde à ce que j’ai vraiment envie qu’elle soit. À ce que le partage des tâches soit non pas égal mais au moins, équitable. Je ne me sens pas plus égale aux hommes en général aujourd’hui. Mais égale à mon homme, beaucoup plus oui. Et je pense que c’est de cette façon-là qu’on va pouvoir changer les choses. Un pas à la fois, en donnant exemple à nos enfants. Les futurs papas et les futures mamans. Parce qu’on est responsables de son bonheur, et de la façon dont ont surmonte les petits malheurs.