Lettre à la femme qui se cache, sous la maman que je suis devenue.

Salut fille. Je veux te dire que je t’ai pas oubliée. Je le sais que tu es là, pas très loin. Sous les cernes semi-permanents et les petits kilos en trop par-ci par-là qui se collent à toi.

Tu te caches dans les nouveaux rouge à lèvres que j’achète sans avoir d’occasions pour les mettre et dans la petite coupe de vin de plus que je me permets le vendredi soir. Un peu feeling en bobettes sur mon divan, en pliant des serviettes.

Ces temps-ci tu me gueules après que je prends pas soin de toi. T’es pas juste avec moi. Je le fais. Vite-vite, entre deux obligations, en pensant aux petits ou à mon chum et sa nouvelle compagnie. Je le sais que je suis jamais 100% avec toi.

Ça veut pas dire que je t’aime plus. Ou que je te trouves pas intéressante, même si j’ai pas l’air de t’écouter me parler quand on va souper avec les filles. Je suis juste jamais vraiment capable de décrocher.

Quand on sort avec nos amies, je me détend jamais vraiment. Je pense aux enfants, aux deux petits et au grand de 30 ans que j’ai à la maison. Je me demande s’il a trouvé la crème hydratante du bébé aux fesses craquées et s’il a donné la pompe au Poulet avant de le coucher.

Si je regarde ma montre et l’heure qui passe, et que je reste pas toujours aussi longtemps que je le voudrais, c’est pas parce que je m’ennuie avec toi. C’est plutôt car je sais que demain matin, la fatigue sera au rendez-vous. Et quand je suis fatiguée je suis pas au top de ma forme de maman. Pis je m’aime dont pas quand je suis impatiente avec mes enfants.

Mais je le sais que t’es encore là. Que tu partiras jamais. Je reviens à toi de temps en temps. Des petits bouffées d’air nécessaires pour la maman essoufflée que je suis. Je te gâte un peu à l’occasion. Je n’oublie jamais que tu étais là avant la version maman de moi-même. J’essaie de préserver notre relation pour le moment où je serai prête à m’y reconsacrer.

Parce que pour l’instant, j’ai décidé d’avoir des enfants. Ils sont toute ma vie et … je suis fatiguée.

Tellement fatiguée.

Je te promets qu’un jour ils vont grandir. Et qu’ils vont dormir la nuit.

Que lorsqu’ils seront couchés, j’aurai encore de l’énergie pour prendre soin de nous.

Que je vais avoir le temps de te coiffer tous les matins. Que je vais avoir le courage de m’entraîner avec toi tous les soirs. Que je vais prendre soin de toi et prendre le temps de faire les choses qui te plaisent. De lire tous les livres que tu accumules sur ta table de chevet et d’aller au spa. Je te promets qu’on va voyager. Qu’on va aller au musée. Qu’on va faire toutes les folies que t’as envie de faire, mon amie.

Mais pour l’instant…Être maman c’est le plus beau rôle de ma vie et je veux le jouer du mieux que je peux. J’ai pas tellement d’expérience, j’imagine qu’avec le temps je vais réussir à me détendre. Que ça va devenir un peu comme ma première nature, que je vais arrêter de douter de tout.

Tu me reproches de m’oublier parfois pour mes petits monstres. C’est vrai. Je les place en premier. Et j’en tire une si belle satisfaction. Un sentiment enivrant de don de soi et d’amour si grand.

Je le savais que ma vie allait changer. Je l’ai choisis cette belle aventure chaotique là. J’ai pas envie de les faire garder souvent mes cocos. La vie va si vite, ils ne seront pas petits très longtemps. Ils auront de moins en moins besoin de moi.

Et bientôt, le temps où tu te promenais avec du verni à ongles écaillé sera révolu. Tu voudras même probablement retrouver tes cernes le temps d’une journée, si cela veut dire pouvoir revivre les heures nocturnes collées avec ton bébé.

D’ici là, je vais continuer de me tourner vers toi quand j’en ai plein mon casque. De te donner des petites dates par-ci par-là. De te gâter de vin rouge le vendredi et d’alimenter ta collection de rouges à lèvres que t’auras l’occasion de porter un jour.

Je le sais que tu comprends. T’es ma meilleure amie. Pour la vie. Pis je t’aime.