Ta grand-maman est partie au ciel.

Ce matin mon amour, j’ai le cœur gros. Tu sais, dès le moment où j’ai su que tu étais accroché dans mon ventre, je t’ai fait la promesse de te protéger de tout ce qui pourrait te blesser. Cette promesse elle venait de mon cœur, et il y a quelques petites choses que ma tête a oubliée dans son calcul.

La vérité mon amour, c’est que ta maman, elle n’est pas  la plus forte comme tu le dis souvent. Maman n’y peut rien contre la guerre, ni la folie des hommes. 

Ce matin, je n’y peut rien contre la maladie, ni la mort.

Tu sais mon chéri, c’est un fait. La vie est injuste. Malgré tout le bonheur qu’elle va t’apporter, il y a des moments où tu vas avoir envie de l’envoyer chier, la vie. Il y a des moments où tu m’en voudras peut-être même de te l’avoir donnée, la vie. Des jours où tu ne comprendras pas ce que t’as fait pour mériter qu’elle soit aussi vache avec toi.

C’est moi ce matin qui a envie de l’envoyer chier. 

Je ne sais pas comment te dire ce que j’ai à te dire parce que du haut de tes quatre ans tu t’apprêtes à vivre une des plus difficiles épreuves que la vie nous donne. Je ne suis pas certaine de pouvoir trouver les bons mots pour t’apaiser, et c’est la première fois que ça arrive. La première fois que je ne peux pas te protéger. J’imagine que ce ne sera pas la dernière. Tout ce que je peux faire mon amour, c’est de te dire que je serai toujours là. Pour te serrer dans mes bras, aussi fort et aussi longtemps que ton petit cœur en aura besoin.

Je serais prête à donner beaucoup de choses. À payer très cher pour pouvoir t’éviter cette douleur trop forte pour ton petit cœur. T’es juste trop petit pour porter ce chagrin. La vie est injuste mon cœur. Je dirais même que c’est une ostie de conne des fois.

Ta grand-maman est partie au ciel ce matin. 

Elle est devenue un ange et elle veillera sur toi pour toujours

Il y a quelques temps, c’est ton cochon d’inde qui est monté dans les nuages. On me disait que t’étais trop petit pour comprendre, mais moi je tenais à te dire la vérité. Ce serait peut-être plus simple de t’inventer une belle histoire, mais cette fois-ci c’est une des personnes qui comptaient le plus dans ta vie qui est partie, et tu le sais du ciel, on ne peut pas revenir.

On ne pourra pas la visiter. Elle ne t’acceuillera plus avec ses petits plats cuisinés juste pour toi quand tu iras chez papa.

Mais ta grand-maman, ta yaya, mon chaton, je te promets qu’on va la garder vivante ensemble dans notre cœur. On va parler d’elle à chaque fois que tu en as envie. Je vais te raconter à quel point elle était heureuse la première fois qu’elle t’a pris dans ses bras. Elle t’a parlé tout bas, dans une langue que je ne connaissais pas, te disant des mots d’amour que je ne comprenais pas. Je te raconterai combien elle te faisait rire, avec sa grande voix. Elle aimait te chanter des chansons qu’elle inventait juste pour toi et te chatouiller avec son nez.

T’es trop petit mon amour, pour ce gros chagrin qui t’attend au bout de mes mots. Je vais le partager avec toi ton chagrin, et un jour, je te promets que ça fera moins mal.