Quand tu t’ennuies de ton papa.

Même si on a passé une belle journée ensemble. Même si on a fait une sortie. Même si j’ai dépensé plein de sous en souvenirs, en gâteries. Parce que ça me fait donc plaisir de te gâter. Mais un peu aussi pour acheter mon absence la moitié du temps. Et même si au contraire je t’ai « juste » donné tout mon temps. Parce qu’une belle journée c’est pas obligé de coûter cher.

Même si j’ai joué avec toi. Qu’on s’est amusés comme des fous. Que j’ai sorti la pâte à modeler, même si j’haïs ça ma maudite plasticine parce que t’en met partout.

Parce que ça me fuck dans tête de te regarder mélanger les couleurs.

#alloletroubleobsessionelcompulsif

Même si on a chassé des dinosaures. Des bleus des jaunes, des gentils pis des méchants. Qu’on a donné du pain aux tortues Ninja dans la bouche d’égout à côté du parc. Qu’on a écouté le même épisode de pattes patrouille trois fois.

Même si on s’est baignés 2 fois plus longtemps que j’en avais envie. Que mon cœur est gonflé de tes rires. Qu’on a joué à tous tes jeux imaginaires sans que je te mette de limite de temps. Même si j’ai accepté d’être ton jouet humain.

Qu’on a mangé ton repas favori. Que t’as mangé deux desserts. Que je t’ai laissé jouer à l’infini dans ton bain. Même si je t’ai lu 2 histoires. Que j’ai gratté ton dos 10 minutes de plus que d’habitude avant le dodo.

Y’a des soirs, où ça arrive, alors que je te donne ton dernier petit bisou qui chatouille.

Alors que je m’y attend pas. Que je pense que tu es sur le point de t’endormir en rêvant à ta super journée de petit garçon. Alors que j’ai le goût de me péter les bretelles. Parce que j’ai pas manqué de patience aujourd’hui. J’ai lâché prise. Parce qu’aujourd’hui, j’ai réussi à être le modèle de maman que je voudrais être tous les jours.

Ben y’a des soirs, comme celui-là où ça arrive, que malgré tout,  tu te tournes vers moi, les yeux qui brillent, les yeux plein de larmes.

« Je m’ennuie de papa. »

Ayoye mon cœur.

Je le sais. Rationnellement c’est clair que c’est rien contre moi.

Que ça enlève rien à la magnifique journée qu’on a partagée. Je le sais que tu l’aimes ton papa. Que tu l’aimes autant que moi. Je le sais que tu dis pas ça pour me blesser. Tu fais jamais rien pour me blesser. T’as juste 4 ans. Je le sais qu’il m’enlève rien. Que papa c’est papa. Que maman c’est maman. Mais c’est plus fort que moi. Ça me serre en dedans.

Mais je dis rien. Je te console, je te cajole, les larmes aux yeux moi aussi.

Tu t’endors avec ta vieille photo noir et blanc de toi-quand-t’étais-petit-comme-bébé-loup et de ton papa dans les bras. Elle est toute fripée ta vieille photo 5×7.

C’est la même maudite photo que j’ai enlevée du cadre sur le mur la journée que ton papa est parti. Du cadre que j’aimais tant et que j’ai brisé en le garochant par terre. Il a volé en éclats, en même temps que l’idéal de famille que je voulais t’offrir. Cette maudit photo-là que j’ai eu envie de brûler trente-douze-mille fois. Cette photo-là. Mensongère. Portait d’une famille heureuse. Qui me hurle en pleine face mon plus grand échec. Qui me hurle en pleine face que t’es pas avec moi 50% du temps. Pis qu’à soir. Malgré tout. C’est avec lui que tu voudrais être.

Pis à cause de cette fucking photo là qui se ferme pas la boîte. Je le  sens monter. Ce sentiment de marde que je vis trop souvent depuis que je te partage. Je suis jalouse. Je suis envieuse.

Un très vilain défaut la jalousie. Je sais.

Je le sais que t’es pas à moi. Je le sais qu’au contraire, c’est donc une bonne affaire que tu t’ennuies de lui. Que tu sois bien avec lui. Je le sais que t’es donc chanceux qu’il soit présent pour toi, ton papa. Que t’es chanceux qu’il soit impliqué dans ta vie. Je le sais mon amour, qu’il y en a plein de petits garçons qui n’ont pas ta chance. Je le sais qu’il y en a plein de mamans qui voudraient dont que le papa de leurs chatons soit encore là. Même si entre eux l’amour n’est pas resté.

Je le sais aussi que t’es tout ce qui compte pour lui. Que lui aussi il s’ennuie de toi. Autant que moi je peux le faire quand tu pars à ton autre maison. Je peux lui reprocher bien des choses à ton papa. Mais jamais, de ne pas prendre soin de toi. Jamais, de ne pas faire de toi le centre de son univers.

Je le sais que je dois mettre ma petite jalousie dans ma poche d’en arrière. Mais un cœur de maman, c’est un peu pleurnichard mon amour.

Et si je te mettais une photo 5×7 de toi pis moi dans ta valise demain? Je peux même l’user un peu si t’aimes mieux. Je vais la choisir en noir et blanc. Dormiras tu avec dans tes bras? Dans ton autre lit. Chez papa? T’ennuies-tu de moi aussi quand je suis pas là?

Réponds-moi pas mon amour. Parce que ça t’appartient pas.

Parce que t’es trop petit pour t’en faire pour moi. Parce que c’est moi la maman.

Parce que tout ce qui compte c’est que tu sois heureux ici, mais là-bas aussi.

Parce que la vérité, c’est que je suis pas certaine d’être capable d’assumer ta réponse.

Author: l’Emmèredeuse

L’emMÈREdeuse, c’est moi : Catherine.
Maman de deux (petits monstres) adorables garçons : Thomas aka Petit Poulet et Henri aka Bébé Loup.
Je suis copropriétaire d’une famille recomposée remplie d’amour et de folie.
Ma plume prend parfois des chemins humoristiques, parfois des plus sérieux, mais toujours ceux de l’authenticité et de l’humilité.
Maman Louve à mes heures. Je partage avec vous les petits et grands moments de mon quotidien de maman.
De maman ben ordinaire.
Qui travaille à temps plein … Pis qui fait son gros possible.