À toi, la femme de mon père.

Ça fait longtemps que j’ai envie de t’écrire, mais je ne sais pas par quel bout commencer.

J’avais moins d’un an quand tu es entrée dans ma vie. 10 petits mois, exactement l’âge que mon bébé Loup a aujourd’hui. Aussi bien dire que je te connais depuis toujours.

Tu es dans tous mes souvenirs. Tu as partagé chaque grand moment de ma vie.

Tu avais tout juste 20 ans et pas encore d’enfant quand tu t’es mariée avec mon papa. Mais tu l’as choisis en me choisissant moi aussi, en sachant qu’il y allait avoir pour toujours une autre  fille dans la vie de ton futur mari. Ça aurait pu te déranger, te refroidir, te faire peur ou te rendre jalouse, mais tu m’as plutôt fait une place dans ta vie, et tu m’as investis comme si j’étais toute, toute à toi.

Je n’ai jamais été une enfant très difficile, mais je sais ce que c’est aujourd’hui que d’avoir des enfants, et je comprends que ce n’était pas toujours évident d’accueillir une petite fille élevée par une autre que toi la majorité du temps, dans ta maison. Une petite fille tranquille, mais parfois impolie, qui chamboulait tes plans. Une petite fille qui te ramenait le passé de ton amoureux au visage peut-être, qui t’obligeait à côtoyer l’ex de ton chum souvent.

Puis cette petite fille est devenue une adolescente un peu moins facile. Une adolescente en opposition et mal dans sa peau qui est venue vivre dans ta maison à temps plein. J’imagine que les crises, les remises en question et les reproches sont moins drôles à gérer quand elles ne viennent pas de ton enfant à toi. Les  »t’es même pas ma mère » lancés au visage ont du faire d’autant plus mal que tu as toujours pris soin de moi sans sourciller une seule fois. J’ai eu de la peine des fois, je t’en ai voulu. Parce que tu m’arrêtais, comme n’importe quel adulte aimant encadre un enfant.

Je ne te l’ai jamais dit, mais je suis désolée pour toutes ces fois ou je n’ai pas été reconnaissante pour ce que tu faisais pour moi.

Parce que tu vois, depuis que j’ai une famille recomposée moi aussi, je réalise à quel point j’ai été chanceuse de tomber sur toi. Tu as pris la décision de m’aimer inconditionnellement alors que personne ne t’y obligeais. Tu as mis la barre haute pour l’homme qui allait partager la vie de mon fils quand je me suis séparée de son papa. Il n’était pas question qu’il fasse preuve de moins d’amour que toi.

Aujourd’hui plus que jamais, j’ai envie de te dire merci. Pour toutes ces années et pour tous les secrets que tu as su garder au fil du temps. J’ai toujours eu l’impression que tu savais me deviner mieux que quiconque. Tu ne m’as peut-être pas porté dans ton ventre, mais on a un peu choisi de s’aimer autant et c’est ce qui rend notre lien encore plus fort et vrai, je crois.

Je suis devenue une adulte épanouie aujourd’hui. Et tu te caches derrière plusieurs grandes parties de ma vie. Des plus importantes, comme derrière mon choix de carrière, puisque j’ai décidé de faire les mêmes études que toi. Ou des plus petites, comme mon amour pour l’art culinaire et ma curiosité à goûter à des nouveaux aliments. Tu as influencée la petite fille que j’étais de mille et une façons et encore aujourd’hui.

Merci, de m’avoir toujours présentée comme ta  »grande ». Les gens disaient souvent que de tes trois filles j’étais celle qui te ressemblait le plus, tu souriais et je le ressentais, que tu étais fière de moi. Je n’ai jamais douté de ton amour pour moi.

J’ai l’impression que l’on sous-estime énormément le rôle d’une belle-maman. Autant l’impact négatif qu’elle pourra avoir sur les enfants de son chum, que le positif. J’ai lu dernièrement des témoignages de femmes disant ne pas aimer leurs beaux-enfants et cela m’a emplit d’une très grande tristesse pour les tout-petits.  Bien entendu, toi, ce n’est que du positif que tu as su emmener dans ma vie. Et je le sais qu’il y en a d’autres supers-belles-mamans comme toi…

Qui soignent les bobos et font des bisoux. Qui coiffent les cheveux indomptables et cousent des costumes d’Halloween sur mesure. Des super-belles-mamans qui racontent des histoires avant le dodo, et qui t’acceptent dans leur lit la nuit quand tu fais des cauchemars. Des super-belles-mamans qui te consolent quand tu t’ennuies de ta vraie maman. Qui font de câlins-qui-font-du-bien. Qui t’emmènent en vacances et qui te chicanent quand il le faut. Des super-belles-mamans qui t’accueillent le vendredi avec ton repas favoris. Et qui jouent à tous les jeux imaginaires avec le sourire.

J’ai toujours eu ma maman près de moi et t’as jamais eu la prétention de prendre sa place. Tu as juste pris la tienne qui était complémentaire. Nécessaire. Une place d’amie, de femme de confiance, de confidente. Et aujourd’hui, tu es une  super-belle-maman qui est devenue une vraie grand-maman pour mes enfants. Tu les aime avec la même sincérité que tu as su m’aimer.

C’est un fait, il y a de plus en plus de familles séparées. De petites filles et de petits garçons qui vont grandir avec une belle-maman, avec un beau-papa. Et si cette personne c’est toi, souviens-toi à quel point tu peux avoir un impact important dans leur vie. Aime-les, pour ce qu’ils sont : des enfants. Des enfants qui n’ont pas plus demandés que toi à partager leur papa ou leur maman. Aime-les avec leurs qualités, avec leurs défauts, mais surtout avec leur capacité d’amour incroyable. Ils vous le rendront un jour. Promis.

Et si on envoyait une dose d’amour collective à toutes les super-belles-mamans et tous les super-beaux-papas du monde. Parce qu’ils font toute la différence.

Merci Linda xxx