Le monde est fou.


Dans quelques heures je prend l’avion.
Pis je suis pas capable de fermer l’œil.

D’habitude avant de partir en voyage on fait de l’insomnie d’excitation.Mais pas à soir. Parce que là j’ai la grosse chienne.

Parce que le monde est viré sul top.

Pis je peux pas croire que je vais vous laisser toute une semaine. Que je vais relaxer, que je vais m’amuser…
Alors que je sais même pas de quoi demain va être fait.

Parce qu’on le sait pu c’est qui les méchants. Pis on le sait pu c’est qui les gentils.

C’est pas comme dans les Tortues Ninjas la vie. Si seulement ça pouvait être aussi simple : le gros méchant y se promène avec un casque de métal qu’on peut voir à des kilomètres à la ronde sur la tête. Pis y s’appelle « Déchiqueteur ».

Non.

Les méchants quand j’étais petite, on nous disaient qu’ils portaient des grosses barbes et qu’ils s’appelaient par des noms pas prononçables.

C’est pas vrai. On nous mentait.

Je vais te la dire la vérité. Des méchants mon amour, y’en a qui s’appelle Roger. Bob. pis y’en a aussi qui s’appellent Tremblay.

Je m’excuse mon amour …

Mais maman c’est pas la plus forte pour vrai.

Maman y peut rien contre les fous. Les vrais de vrais. Pas ceux que tu t’imagines-là. Pas les fous dans les asiles, non.

Ceux-là, ils sont inoffensifs.

Je te parle des fous dangereux : ceux qui sont bourrés d’ignorance. Ceux qui ont la peur de l’inconnu qui leur coulent dans les veines.

Y’a des gens qui aiment pas la différence.

Et ça mon amour, c’est les vrais méchants de notre monde.

Ils sont partout. Ils ne se cachent pas derrière une couleur de peau, ni derrière une religion. Ils ne sont pas déguisés derrière une orientation sexuelle. Pas plus que derrière un nom de famille avec trop de « R » ou avec des « H » pas muets.

Je veux pas t’élever dans la peur mon grand. Mais je suis morte de trouille comme tu dirais.

J’ai tellement peur que tu te retrouves à la mauvaise place au mauvais moment.

Que tu souffres, que ta lumière s’éteigne.

Parce qu’un fou, un terroriste, y’en a peut-être un à côté de chez nous. C’est peut-être le monsieur qui promène son chien au parc. C’est peut-être la madame qui fait son jogging le matin.

Il va peut-être être à l’aéroport demain. Ou à l’épicerie samedi quand tu vas y aller avec mamie.

Je ne sais pas dans quel monde tu vas grandir mon bébé. Mais je veux que tu fasses la différence. Je veux que tu sois un citoyen du monde. Va à la rencontre de la différence. Y’a rien de plus riche.

On n’y peut peut-être pas grand chose contre les fous armés. Mais on va faire une chose : on va aimer. Aimer notre prochain. Lui tendre la main. Peu importe d’où il vient et où il va. Parce que j’en suis convaincue mon chaton : à la fin, c’est l’amour qui vaincra.