Quand l’infertilité se conjugue au masculin | L’histoire de Marie-Ève

Crédit photo : Robbie Photographie

Marie-Ève,  c’est ma plus vieille amie d’enfance. Je me rappelle encore la première fois que je l’ai vue : belle petite blonde souriante. Je faisais des aller-retour devant sa maison avec ma corde à danser en espérant qu’elle sorte pour jouer avec moi. C’est ce qui est arrivé, et pendant plusieurs années, on a été inséparables. C’était plus qu’une amie, un peu une sœur de cœur.

Mini-Emmèredeuse et Mini-Marie-Ève

D’une douceur sans pareil, elle possède le rire le plus contagieux que je connaisse. Elle fait partie de mes plus beaux souvenirs d’enfance et c’est toute une chance qu’elle fasse toujours partie de ma vie aujourd’hui.

J’ai toujours su qu’elle allait devenir la meilleure des mamans. Elle amusait mon frère et ma sœur plus jeune alors que moi je faisais tout pour qu’ils me fichent la paix… et c’est la fille que je connais qui doit avoir gardé le plus d’enfants pendant son adolescence. Son plus grand rêve, je le sais, a toujours été de fonder une famille.

Elle est d’ailleurs éducatrice à l’enfance aujourd’hui, probablement l’une des meilleures du monde entier.

Mon cœur s’est donc brisé en deux quand j’ai su que devenir maman allait être difficile pour elle, c’était une chose de plus qui nous rapprochait.

À 30 ans, elle est avec son conjoint, Guillaume depuis déjà 10 ans. Je me rappelle encore de ses yeux pétillants lorsqu’elle l’a rencontré… Elle les a toujours aujourd’hui d’ailleurs lorsqu’elle parle de lui.

 

Son histoire est un peu différente, car ce n’est pas Marie-Ève qui est infertile, mais plutôt Guillaume.

«Guillaume a d’abord été consulter pour une infection urinaire, puis au fil des suivis on nous a référés à plusieurs spécialistes. On a ensuite appris qu’il n’y avait aucune présence de spermatozoïdes dans son sperme, puis ensuite qu’il n’avait tout simplement pas de canal déférent. Sa condition est irréversible, il est vasectomisé naturellement si on peut dire. Il est atteint de l’azoospermie, une cause très rare d’infertilité masculine. Je me rappelle encore du moment où j’ai appris la nouvelle : c’est comme si on m’avait scié les deux jambes. J’ai fondu en larmes, c’était la fin d’un rêve, je pensais que je n’aurais jamais d’enfants.

Le fait que Marie-Ève ne souffre pas d’une maladie causant l’infertilité, fait en sorte que c’est plutôt psychologiquement que ce fût douloureux pour elle pendant plusieurs années. D’être dans le néant, de ne pas savoir comment cela allait se passer pour eux, lui faisait vivre un stress immense.

«Je me levais le matin et je ne faisais que penser à ça. Allions nous pouvoir fonder une famille un jour ? C’était ma grosse inquiétude et c’est ce qui hantait mes pensées. Voir mes amies tomber enceinte me rendait folle. J’avais beau être heureuse pour elles, mais j’angoissais en pensant à ce que l’avenir me réservait. Ce fût une période plutôt négative, dès que les discussions tournaient autour des enfants, je vivais une immense tristesse. Mes amies étaient toutes rendues là : elles parlaient de fonder une famille, de cycle menstruel, d’arrêt de la pilule… Lorsqu’elles réalisaient que pour moi la situation était bien différente, ça créait un malaise à tout coup»

Même si c’est son conjoint la cause de l’infertilité dans le couple, c’est elle qui a subi physiquement le plus gros du traitement en clinique de fertilité.

«J’ai dû passer par les injections d’hormones deux fois par jour, et prendre des médicament pour fabriquer le plus d’ovules possible. J’ai passé à deux doigts de faire une hyperstimulation ovarienne. Avec les effets secondaires et le stress, pas besoin de dire que physiquement, c’était très demandant.»

Une autre sphère à qui  l’infertilité brasse la cage  bien souvent, c’est le couple. C’est toute une épreuve à traverser. Parce qu’on est deux, parce qu’on vit les choses différemment, on les communique différemment. L’important selon Marie-Ève c’est de se respecter là-dedans.

«Malgré les larmes, il n’a jamais été question de quitter mon conjoint, c’était clair pour nous deux que nous voulions vivre cette aventure ensemble, et que nous trouverions des solutions. Et l’amour nous a donné raison, il a été plus fort que tout.»

Aujourd’hui, Marie-Ève et Guillaume ont deux magnifiques petites filles issues de fécondations in-vitro : Élie-Rose 3 ans et Romy 1 an. Deux belles petites filles aux yeux pétillants.

Malgré tout, encore aujourd’hui, l’infertilité a laissé des traces et s’infiltre parfois encore dans leurs vies…

«C’est très difficile pour moi de ne pas avoir le contrôle. Je sais que présentement, Guillaume souhaiterait avoir un troisième enfant, mais malheureusement, notre banque d’embryons est à 0, et avec la loi 20 (le gouvernement ne paye plus les fécondations in-vitro), les procédures sont extrêmement coûteuses. On a appris que la vie est injuste et que les choses se déroulent parfois différemment de ce que l’on souhaiterait. Je nous trouve extrêmement chanceux d’avoir pu fonder une famille, c’est maintenant le temps de savourer ce bonheur.»

Lorsqu’on lui demande ce qui l’a aidée à passer au travers de cette épreuve, Marie-Ève n’hésite pas à répondre,que l’empathie et l’ouverture de ses proches a joué un grand rôle, et aussi, les groupes de soutien pour couples infertiles sur Facebook. Elle se trouve  »chanceuse » dans sa malchance et se fait un devoir de parler ouvertement de cette épreuve. Elle donne au suivant en soutenant à son tour d’autres femmes qui empruntent le même chemin qu’elle vers la maternité, c’est important pour Marie-Ève de leur faire sentir qu’elles ne sont pas seules.

 

 

Marie-Ève, guillaume et leurs deux filles.

 

Merci à Vicky Aubin pour la mise en beauté avec les produits Mary-Kay.

Author: l’Emmèredeuse

L’emMÈREdeuse, c’est moi : Catherine.
Maman de deux (petits monstres) adorables garçons : Thomas aka Petit Poulet et Henri aka Bébé Loup.
Je suis copropriétaire d’une famille recomposée remplie d’amour et de folie.
Ma plume prend parfois des chemins humoristiques, parfois des plus sérieux, mais toujours ceux de l’authenticité et de l’humilité.
Maman Louve à mes heures. Je partage avec vous les petits et grands moments de mon quotidien de maman.
De maman ben ordinaire.
Qui travaille à temps plein … Pis qui fait son gros possible.