Dire adieu à quelqu’un qu’on aime.

Je savais que ce moment allait venir… Je m’y préparais doucement, mais je pense qu’on ne peut jamais être serein avec le fait de dire adieu à quelqu’un qu’on aime.

Ça reste toujours aussi violent.

On a beau se dire que c’est pour le mieux, c’est juste contre la nature humaine de ne pas avoir de peine.

J’ai lentement apprivoisé la mort à tes côtés dans les dernières années et surtout depuis quelques mois.

Elle se faisait de plus en plus sentir. Sa présence était palpable. Mais de t’entendre dire que c’était la fin m’a brisé le cœur. De savoir qu’elle se rapprochait nous aura au moins permis de se dire ce qu’on avait besoin de se dire pour libérer nos cœurs. De se dire au revoir à mots couverts. De se regarder, de se toucher.

Tu essayais de me faire rire, j’ai réussi à te sourire au travers de mes larmes.

Tu disais :  »les miracles ça arrive des fois ». Plus pour me consoler que parce que tu y croyais vraiment. Je te répondais que oui, bien sûr, mais on s’avait très bien toutes les deux que le temps de miracles était révolu et que t’étais fatiguée de te battre. Que tu méritais enfin un peu de repos.

J’ai tenu sous silence mes regrets des fois où j’aurais pu venir te visiter, mais que je ne l’ai pas fait. Tu sais la vie des fois elle nous aspire dans son tourbillon et on ne réalise qu’une fois qu’il est trop tard tout ce que l’on perd et le temps qu’on ne pourra jamais rattraper. Je me suis simplement excusée en pleurant doucement.

Les yeux clos tu as souris. Je savais que tu comprenais, et que j’étais déjà toute pardonnée.

Parce que l’amour que l’on avait l’une pour l’autre allait bien au delà de la distance, du temps, des mots et même de la mort.

Tu m’as demandé de voir des photos de mes garçons une dernière fois, et c’est les yeux brillants que tu m’a promis de les protéger de là-haut. Tu les a regardés longtemps, tu m’as demandé de te parler d’eux. Tu as fermé les yeux en m’écoutant, sourire aux lèvres.

Et puis est arrivé notre dernier rendez-vous, celui que tu redoutais tant. Dès que je suis arrivée tu as plongé tes yeux dans les miens. Tu as soupiré :   »Ma Catherine », j’allais l’attendre avec toi, cette vilaine qui te faisait si peur.

J’avais oublié à quel point tu avais des yeux magnifiques.

J’ai flatté tes cheveux encore et encore en te murmurant des mots d’amour. Je t’ai rassurée du mieux que je le pouvais. Je t’ai raconté les lilas de mon enfance et je t’ai promis que dans la lumière, tu allais te promener dans un infini champ de fleurs.

Je te répétais que tout allait bien aller.

J’ai replacé ta couverture à maintes reprises, délicatement, comme on borde un tout petit bébé. J’ai caché ton pied à l’orteil manquant, je sais que ça t’aurait déplu qu’il soit à la vue.

J’ai serré ta main longtemps. Jusqu’à la toute fin et même après. Pour que tu saches que j’étais là. Que tu n’étais pas seule.

J’ai surveillé chacune de tes respirations tout comme je l’ai fais pour mes deux poupons et comme tu as du le faire pour moi il y a longtemps.

Jusqu’à ce que je comprenne que tu avais enfin enfilée tes ailes tout en douceur. Que tu quittais cette vie mais pas nos cœurs. Que pour toi ce n’était maintenant que lumière et chaleur.

Quand je repense à toi aujourd’hui, c’est douloureux. Mais j’ai cette magnifique photo de nous deux qui me vient en tête : j’ai un an et tu me tiens fièrement dans tes bras. Avec ta coiffure impeccable et ton port de reine. Je sais de qui je tiens ma coquetterie tu sais.

Je repense au fait que tu n’as jamais voulu que je t’appelle grand-maman, parce que tu te trouvais trop jeune pour ça. Tu étais ma Didi et c’était parfait comme ça.

Je pense aussi à tes plants de tomates en pot, que je cultive moi aussi l’été sur mon balcon avec mes enfants maintenant.

Je repense à ton amour des fleurs que tu as transmis à ma mère et qui me l’a transmise à son tour.

Je repense à tes magnifiques yeux verts que tu as légués à ma tante.

Et à ton rire qui vit encore dans celui de mon oncle.

Je repense à la fierté dans ta voix quand tu parlais de tes petits enfants.

Et aussi à ton orgueil mal placé parfois. Une autre caractéristique que j’ai de toi.

Je repense à la douceur avec laquelle tu prenais soin de tes orchidées, de ton appartement qui avait parfois des airs de serre et à ta collection d’anges qui te protégeaient.

Je repense aux nombre de fois où on a partagé une bonne pizza en discutant.

Et à la façon dont tu me présentais aux gens, en disant :  »C’est pas n’importe qui elle, c’est ma petite fille ».

Je repense à chaque année où on a soufflé nos bougies chacune sur notre gâteau côte à côte. Ça te faisait dont plaisir qu’on fête nos anniversaires ensemble qui étaient presque en même temps.

Et c’est cette image de toi que je garderai dans mon cœur.

Je me sens choyée d’avoir pu partager ces derniers moments avec toi. De t’avoir accompagnée vers ton dernier repos, de t’avoir tenu la main jusqu’à ton champ de fleurs infini.

Tu es partie tout en douceur, par une journée où le ciel était bleu. Entourée d’amour. J’espère que où tu es c’est l’été pour toujours. Qu’il y a une bonne chaise longue et de la bière froide et que tu as retrouvée ceux que tu aimais.

Je continuerai chaque année, de souffler une bougie pour toi sur mon gâteau d’anniversaire.

Bon voyage ma Didi.

 

*crédit photo : l’emmèredeuse