Papa Guimauve.

Je suis pas du genre très «émotif» dans la vie. Bon, je sais, que ça fait très cliché de gars de faire son tought. Un gars, ça ne pleure pas, un gars ça n’écoute pas Notebook avec une boite de kleenex, un gars c’est IRONMAN, sans le suit et les milliards de dollars.

 

Je ne dis pas que je suis de marbre et que je n’ai pas d’émotions. Je peux être triste, nostalgique, anxieux et mielleux. Je suis un gars, pas un sociopathe.

 

Mais, que voulez-vous, c’est vrai. Je ne suis pas du genre à avoir les jambes molles devant des enfants qui font un dessin ou à avoir le cœur en mille morceaux quand j’écoute un vidéo de petit chat.

 

Je parle au présent, mais, en fait, je devrais parler au passé. Je devrais dire AVANT je n’étais pas du genre émotif. Parce que maintenant que je suis papa, je suis devenu… une fillette. Si avant mon cœur pouvait être comparé à du gravier ou du bois, maintenant il est de la guimauve.

 

On dirait que mon cerveau fonctionne autrement. On dirait que la vie est remplie de petites choses qui me font penser à mon garçon, qui me rappellent mon rôle de père.

 

Une chanson qu’il n’y a pas si longtemps je trouvais quétaine, maintenant je la chante à mon garçon en le prenant dans mes bras.

 

Si j’écoute un film où il arrive quelque chose à un enfant, mes poings se referment, ma mâchoire se serre, mes idées s’assombrissent, parce que, soudainement, je suis projeté dans le film. C’est à mon fils que tout cela arrive. Je ne pensais jamais vivre autant de compassion et d’empathie pour des personnages qui n’existent pas… et je n’ose même pas vous dire ce que j’ai vécu la dernière fois que j’ai écouté le Roi lion.

 

 

 

Mon cœur ne peut plus supporter autant qu’avant. Le beau devient merveilleux et le laid devient les ténèbres. Même si j’ai été malade très souvent dans ma vie. Je connais bien la douleur et l’angoisse. En fait, je croyais la connaître. Mais j’ai maintenant vu ce que l’on ressent quand on voit notre enfant qui souffre. Le tenir dans nos bras et souhaiter pouvoir changer de place avec lui. Vouloir vivre sa douleur à sa place. Observer mon fils souffrir me fait mal à un endroit que je ne connaissais pas. Un genre de nœud entre mon cœur et ma tête. Un court circuit qui me fait oublier le reste de l’univers.

 

 

 

Peut-être que c’est le sort que l’on accepte quand on devient parent. Accepter que l’on va vivre des émotions et que nous aurons mal à des endroits que nous ne connaissions même pas. Accepter que l’orgueil et le complexe du mâle alpha n’a plus sa raison d’être. Passer le reste de sa vie avec la tête qui mijote dans un cocktail de peur et de stress, d’amour inconditionnel et de fierté.

 

Mon cœur ne s’est pas transformé en guimauve soudainement. L’amour pour mon Victor l’a tranquillement ramolli. Ses sourires ont ajouté peu à peu du sucre dans la recette et chaque jour passé avec lui n’a fait que touiller le tout. Pour, finalement, former mon nouveau cœur. Plus souple et plus perméable.

 

C’est un constat difficile à accepter pour un homme. Nous, les mâles, les fondations du nid familial. Nous les forts sur qui les gens peuvent s’appuyer. Nous sur qui le vent souffle sans nous faire broncher, nous les douves et les remparts.

 

Mais, aujourd’hui, je me présente à la vie d’une autre façon. Pas moins fort, pas plus fragile, seulement différent.

 

Et peut-être qu’un jour, je réussirai à expliquer à mon garçon, que le plus beau cadeau qu’il m’ait fait c’est de faire de moi une guimauve heureuse.

Author: Simon Delisle

Humoriste depuis 10 ans, papa depuis 1. J’apprends mon nouveau métier une journée à la fois. J’observe grandir mon garçon avec stupéfaction et admiration. J’essaie de le conduire du mieux que je peux dans ce trajet sinueux qui le mènera à l’âge adulte. 
Même s’il se fait souvent plus discret, le papa aussi veut prendre une place importante dans la vie de son enfant. Je vais tenter d’être le messager de la majorité silencieuse des bons papas.
Laissez-moi vous dresser le portrait de la vie d’un papa occupé, qui jongle avec sa carrière, son couple et sa vie de famille, avec ses deux mains en tentant de ne jamais rien échapper.