J’aimerais ça te protéger. De tout. Tout le temps.

Ma poulette,

On me reproche souvent de trop te protéger. On me dit souvent que je ne peux pas t’empêcher d’avoir de la peine. Que la vie ce n’est pas toujours facile et que je dois te laisser apprendre que des fois, c’est triste et difficile. Qu’en te laissant vivre des choses parfois plus difficiles, tu vas apprendre à gérer tes émotions.

Tout le monde a raison, évidemment.

Mais l’autre jour…. L’autre jour, j’aurais voulu te protéger. Parce qu’il est arrivé quelque chose d’horrible à un ami de ta classe, à ton voisin de pupitre. Je n’étais pas prête à gérer ça : dans le Mieux Vivre, il n’y a pas un chapitre qui s’intitule ‘’Quoi faire si un copain de classe de votre enfant se fait enlever par son père’’.

J’aurais voulu te garder à la maison. Fermer la télé et la radio pour ne pas entendre le bruit strident de l’alerte Amber qui répétait sans cesse le nom de ton ami. Te garder coller près de moi, comme si de rien n’était.  Mais évidemment, je n’ai pas pu. J’ai dû te laisser faire face aux horreurs de la vie. Parce que c’était inévitable : tu finirais par y être confrontée un jour ou l’autre. Mais c’était la chose la plus dure que j’ai eu à faire de ma vie.

Parce que comment on explique l’inexplicable à un enfant de 6 ans? Pourquoi j’aurais envie de tu grandisses en sachant qu’il est possible de te faire kidnapper par ton parent? Que des fois, ça arrive qu’un papa tue une maman?

Non. Je refuse que tu saches que de telles choses existent. Mais je n’ai pas eu le choix : la vie s’est chargée de t’apprendre ça, tout d’une shot, tout en même temps.

Maintenant que la tempête est passée, que ton ami a été retrouvé, il reste des questions. Des questions que tu poses innocemment, parce que tu ne comprends pas l’ampleur de la situation. Et je ne sais pas comment te répondre. Je n’ai pas envie que tu comprennes l’horreur justement. Parce que nous les adultes qui l’ont vécu avec toi, nous on la comprend. Et on ne peut arrêter d’y penser.

Je n’ai pas envie que des images affreuses de ton ami en pleurs hantent des pensées au point de remplir tes yeux de larmes comme c’est mon cas. J’aime mieux que tu restes dans ton monde de licornes et de barbe à papa, ou tu sembles penser que ton ami n’a jamais vraiment été en danger parce qu’après tout, il n’était pas avec un voleur, mais avec son papa.

Cette journée-là, j’ai appris à la dure que malgré tous mes efforts, je ne pourrais jamais complètement te protéger du monde extérieur. Et je ne pourrais jamais complètement te préparer à y faire face non plus.

Mais je peux te promettre que je serai toujours là pour t’aider. On va le gérer ensemble. Promis.

Author: Marie-Claude Royer

Je n’ai pas de zone grise. Je vis trop souvent en noir ou en blanc. Je suis devenue une pro du mode survie. La maternité m’a appris le vivre et laisser vivre.
En ce qui concerne ma parentalité, je considère que je suis celle qui connaît le mieux mon enfant… Je crois que chaque parent est le « pro en chef » de ses kids et devrait toujours écouter ses feelings avant l’opinion des autres. J’ai donc tendance à ne pas accueillir à bras ouverts les critiques et conseils des autres et j’évite à mon tour de leur en prodiguer.
J’ai une plus ou moins nouvelle réalité de maman-séparée-qui-voit-son-bébé-une-semaine-sur-deux et essayer de survire lorsqu’elle est chez son père occupe tout mon temps ou presque.
Je travaille fort. Ben, j’essaye en tout cas!