Lettre pour toi, le deuxième enfant que je n’aurai jamais

Allo Coco

On ne se connait pas. On ne se connaîtra jamais en fait. Je ne sais pas comment tu te sens par rapport à ça, mais pour moi ce n’est pas un deuil. Laisse-moi t’expliquer coco.

Moi dans la vie, je n’ai pas souhaité DES enfants. J’ai souhaité être maman. Point. J’ai souhaité avoir son enfant à lui. Et ce souhait-là a été exaucé il y a un peu plus de 6 ans maintenant. Je suis amplement comblée par mon rôle de maman-d’un-enfant. Ça semble très difficile à accepter pour beaucoup de monde, mais j’espère que toi, coco, tu vas comprendre.

Parce que tu sais, ta ‘’grande-sœur’’, elle aimerait ça justement devenir ta grand sœur.   Mon dieu qu’elle aimerait ça! Elle est prête à faire 1001 concessions pour que j’accepte de lui faire une sœur (elle insiste sur une sœur mais pourtant moi, je te vois toi, l’enfant qui n’existe pas, comme un gars… go figure!)

Je sais que tout le monde le dit que l’amour, ça se multiplie. Mais moi, je le sais deep down que je serai l’exception à cette règle. Ça ne se peut juste pas que j’arrive à aimer quelqu’un comme j’aime ta grande sœur. Impossible. Alors toi, pauvre coco, tu serais toujours deuxième. Constamment condamné à être un peu (beaucoup?) moins aimé qu’elle. Et tu mérites tellement mieux que ça…

Aussi, il faut l’admettre, j’ai pas mal tout donné à ta sœur. C’est pour ça d’ailleurs qu’elle est ce qu’elle est. Parce que je lui ai tout donné, le bon comme le moins bon. Il ne reste plus rien pour toi coco. Mon ventre a été sa maison à elle toute seule, mon cœur lui appartient tout entier. Ma santé mentale un peu aussi je dois dire. Toute mon énergie, toute ma vie, c’est pour elle. Qu’est-ce que je pourrais bien te donner à toi? Des miettes d’attention? Je ne peux pas te faire ça… Et de toute façon, je ne pense que je m’en sentirais capable : le peu que je devrais te donner, je devrais lui enlever à elle… Et ça coco, tu le sais que je ne peux pas.

Comme elle est parfaite, tu serais constamment comparé à elle dans tout. Ma barre d’attentes est extrêmement haute : c’est qu’en fait, j’ai tellement bien réussi mon premier bébé, je ne pense pas que je puisse répéter cet exploit une deuxième fois. Tu passerais donc toute ta vie dans l’ombre de cette perfection blonde qu’est ta sœur. C’est beaucoup de pression pour tes petites épaules frêles, mon coco.

Alors voilà coco. Je te parle comme on parle à un grand. Je t’explique pourquoi tu ne feras jamais partie de ma vie. Pourquoi je m’assure de tout faire pour que tu ne débarque pas par hasard. Je pense que c’est mieux comme ça. Pour moi et pour toi.  Je suis convaincue que tu trouveras une maison bien douillette dans le ventre d’une autre maman, une qui pourra t’aimer comme tu le mérites.

Author: Marie-Claude Royer

Je n’ai pas de zone grise. Je vis trop souvent en noir ou en blanc. Je suis devenue une pro du mode survie. La maternité m’a appris le vivre et laisser vivre.
En ce qui concerne ma parentalité, je considère que je suis celle qui connaît le mieux mon enfant… Je crois que chaque parent est le « pro en chef » de ses kids et devrait toujours écouter ses feelings avant l’opinion des autres. J’ai donc tendance à ne pas accueillir à bras ouverts les critiques et conseils des autres et j’évite à mon tour de leur en prodiguer.
J’ai une plus ou moins nouvelle réalité de maman-séparée-qui-voit-son-bébé-une-semaine-sur-deux et essayer de survire lorsqu’elle est chez son père occupe tout mon temps ou presque.
Je travaille fort. Ben, j’essaye en tout cas!