Personne ne comprend

Je ne veux pas me plaindre. Mais j’ai l’impression de vivre dans un monde où personne ne me comprend. J’veux dire : ce que je vis, ce n’est pas si extraordinaire que ça… je ne peux pas croire que personne d’autre ne vit ça, que personne d’autre ne se sent comme ça! Et pourtant, c’est l’impression que j’ai.

Une séparation, c’est un deuil : un deuil ou personne ne meurt. Parce que oui, je sais, personne n’est mort. Tout le monde est en santé, tout le monde va bien. Mais ça ne m’empêche pas de rusher.

Oui, personne n’est mort. Mais moi, je dois quand même faire un deuil. Un deuil de ma famille telle que je l’avais imaginée. Un deuil d’avoir mon enfant près de moi tout le temps, comme je l’aurais voulu. Un deuil d’être auprès d’elle dans tous les moments de sa vie, comme ça aurait dû l’être.

Et c’est ça, je crois, que personne n’arrive à comprendre. Oui, je sais que ça fait presque deux ans. Oui, je sais que je suis parfois intense, parfois exigeante, que parfois j’exagère. Mais si quelqu’un était mort, justement, est-ce que je devrais ‘’en revenir’’ parce que ça fait deux ans? Combien de temps on a le droit d’avoir de la peine quand quelqu’un qu’on aime décède?

Personne n’oserait me dire que j’exagère et que je dois laisser les choses aller si un de mes proches était mort. Mais pourtant, maintenant, on se permet de me juger. Me juger parce que je n’en reviens pas assez vite au goût de tout le monde. Je suis b’en désolée de vous le dire, mais la vitesse à laquelle ‘’j’en reviens’’, c’est celle-là. J’aimerais bien ça faire ça plus vite pour vous éviter du désagrément ou arrêter de vous gosser avec mes états d’âme, mais malheureusement, je ne suis pas capable de faire plus vite.

Je m’excuse si vous me trouver intense. Lourde. Angoissée pour rien. Je suis bien désolée que ma peine vous fasse rusher. Je m’excuse si mon deuil ne se passe pas assez vite à votre goût. Mais je fais aussi vite que je peux là.

Alors quand je vous dis que personne ne comprends, arrêtez de me dire que vous comprenez. C’est un honteux mensonge. Vous ne comprenez rien. Vous ne pouvez pas comprendre: d’ailleurs je ne souhaite à personne de vivre ça pour pouvoir comprendre. Quand j’ai de la misère à gérer le fait de ne pas avoir ma fille avec moi tout le temps, je n’ai pas besoin de me faire dire que je ne peux pas toujours tout contrôler. Quand je stresse parce qu’elle a une fête d’amis et que je devrai la laisser avec des étrangers, je n’ai pas besoin d’entendre que je dois lui laisser plus de lousse. C’est peut-être vrai tout ça. Mais un deuil, ça ne se vit pas pareil pour tout le monde. Moi, c’est comme ça que je gère le mien. Du mieux que je peux.

Si quelqu’un était mort, je pense qu’on me comprendrait. Mais là, personne ne comprends.

Author: Marie-Claude Royer

Je n’ai pas de zone grise. Je vis trop souvent en noir ou en blanc. Je suis devenue une pro du mode survie. La maternité m’a appris le vivre et laisser vivre.
En ce qui concerne ma parentalité, je considère que je suis celle qui connaît le mieux mon enfant… Je crois que chaque parent est le « pro en chef » de ses kids et devrait toujours écouter ses feelings avant l’opinion des autres. J’ai donc tendance à ne pas accueillir à bras ouverts les critiques et conseils des autres et j’évite à mon tour de leur en prodiguer.
J’ai une plus ou moins nouvelle réalité de maman-séparée-qui-voit-son-bébé-une-semaine-sur-deux et essayer de survire lorsqu’elle est chez son père occupe tout mon temps ou presque.
Je travaille fort. Ben, j’essaye en tout cas!