Une étoile est née

En décembre 2015, j’ai dû prendre une décision qu’aucun parent ne devrait prendre, c’est-à-dire, se débarrasser de son bébé.

Étoile, mon bébé ange, souffrait du syndrome de Di Georges. Lorsque je suis arrivée chez le médecin pour ma première échographie à l’automne 2015, elle n’a pas tout de suite été alarmiste, mais elle m’avait bien fait comprendre que l’absence de liquide amniotique n’était pas normale. Après une batterie de tests, nous avons reçu le diagnostique, alors que j’en étais à 19 semaines de grossesse: syndrome de Di Georges. Plus précisément, malformations au cerveau, au cœur, reins polykystiques non fonctionnels, malformation des membres supérieurs et inférieurs causés par l’effet de petite boule qui ne flottait pas dans une belle piscine de liquide, pour résumer: Bébé non-viable.

Douleur vive. En même temps que la nature s’endormait pour l’hiver, je me suis fracturée. On a provoqué mon accouchement un froid matin du début décembre 2015. J’ai eu un travail de 42 heures. Évidemment, un bébé de 20 semaines de gestation n’est pas prêt à sortir de là. Moi qui avait dû subir une césarienne d’urgence suite à un déclenchement pour mon premier, je tentais un AVAC forcé pour un bébé dont la tête était grosse comme une clémentine (fruit de décembre n’est-ce pas?).

La petite est née vivante. Je n’ai pas supporté l’idée de la bercer jusqu’à ce qu’elle meure dans mes bras, alors je l’ai confiée à une super-infirmière. Elle lui a administré de la morphine et l’a bercée pendant deux heures. Elle me l’a ramenée, toute emmaillotée dans des couvertes chaudes, une fois éteinte. Je l’ai caressée, le nez, les joues, sa peau comme une feuille de papier de soie. Nous avons pleuré, mon mâle et moi. Nous étions tellement heureux d’apprendre que c’était une fille, mais cette joie était surréaliste. On nous a demandé si on voulait lui donner un nom, ce fût donc Étoile, qui brille dans le ciel pour veiller sur nous.

On nous a laissé sortir le lendemain, avec une boîte dans laquelle les couvertures, bonnet, veste en laine qu’elle avait portés étaient délicatement pliés. On nous a remis une photo d’elle et des empreintes à l’encre noire de ses petits pieds. On n’avait pu prendre les traces de ses mains parce qu’elles étaient trop difformes (j’ai mal en l’écrivant). On nous a indiqué qu’elle serait incinérée et enterrée au cimetière St-Charles, avec les autres bébés anges.

Nous avons pu nous y rendre seulement le 6 décembre 2016, un an après, car nous n’en avions pas la force avant. Nous y sommes allés alors que je portais un nouveau trésor en moi. Nous avons déposé des fleurs sur la stèle et avons constaté que notre bébé reposait près d’une cours d’école, entourée par les cris d’enfants. Elle n’était donc pas seule. Mon grand-père est également enterré dans ce cimetière, il peut veiller sur elle.

Pour me remettre de cette épreuve, j’ai commis plusieurs erreurs. D’abord, il faut savoir que mon frère attendait aussi un bébé en même temps que moi. Donc, une semaine après avoir accouché, j’ai assisté au shower de bébé de ma nièce. En arrivant, je me suis effondrée dans les bras de mes tantes, oncles, parents. Quelle mauvaise idée que d’aller se réjouir de la venue de Yolande, alors que je venais de me faire arracher le cœur. Je sentais que je devais partager leur bonheur et ne pas l’occulter avec ma peine.

Cependant, à la naissance de la petite, en mars 2016, je n’ai pas été les visiter, c’était trop pour moi. Lorsque je l’ai prise pour la première fois, j’ai pleuré. Pleuré en pensant à mon bébé, que j’aurais tenu dans mes bras. À tous ces jeux et cette complicité que les filles auraient eu. À cette grossesse en duo, à partager avec ma belle-soeur avec qui je travaille aussi, qui m’était enlevée. Tous ces moments que j’avais imaginés qui ne resteraient que des créations de mon esprit.

Ensuite, pour me reposer un peu (ahaha ben oui toé chose), j’ai organisé un réveillon de Noël chez moi. Ça m’a occupée. Puis, 3 semaines après l’accouchement, les lochies et la montée de lait (oui, à brailler sur mon divan avec des feuilles de chou dans la brassière et pas de bébé dans les bras) on est partis en France. Pour les fêtes de Noël, faire un marathon de belle-famille et d’amis, dans un climat post-attentats du 13 novembre. Personne ne me disait pauvre chérie, personne ne me prenait dans ses bras, mais tout le monde versait une larme en me voyant arriver. Pire voyage EVER.

Finalement, en rentrant chez moi en janvier 2016, mon fils à la garderie et mon mâle au travail, je me suis laissée aller. J’ai fusionné avec le divan du salon. Deux choses m’ont sortie de ma torpeur. La psychologue gracieusement fournie par mon programme d’aide aux employés (en plus d’avoir bénéficié d’un congé de maternité de 15 semaines) et les 400$ de peinture que mon chum m’a obligée à acheter pour repeindre tout l’étage, dont la chambre du bébé. Cette thérapie par la peinture m’a occupée jusqu’à mon retour au travail fin mars 2016. J’ai fait la plus magnifique chambre de bébé au monde parce que bien qu’ayant perdu Étoile, je n’avais pas perdu l’espoir d’avoir un autre bébé.

Nous avons donc recommencé à vivre doucement, à nous retrouver. Ça n’a pas été facile, d’autant plus que mon garçon n’est pas un enfant comme les autres. C’est un ultra-moteur-hyper-volubile-réactif-avec-la-puissance-d’une-centrale-nucléaire-dans le-cul. Mais je suis finalement retombée enceinte en juillet 2016. Si Étoile était due pour le 20 avril 2016, Ginette avait été conçue environ au même moment un an plus tard et était due pour le 11 avril 2017.

Nous avons re-passé une batterie de tests et on nous a dit que c’était une grossesse plate, rien à signaler, va t’en chez vous pis sois de bonne humeur tu vas être maman! Ce que j’ai fait. Passé le cap des 20 semaines d’angoisse profonde, j’ai savouré cette grossesse et je me suis préparée comme une universitaire qui passe son épreuve synthèse. J’ai tout lu sur l’AVAC, l’allaitement etc. J’ai pris des cours, je me suis entourée, j’ai été dans des groupes de mamans qui placotent, j’ai même vue une psychiatre et j’ai impliqué mon mâle dans le processus.

J’ai accouché le 4 avril 2017. Elle avait décidé que le moment était venu. J’ai réussi mon AVAC et j’en remercie Étoile, qui m’avait permis de ressentir des sensations, comme une sorte de pratique d’accouchement, afin de me dé-térroriser et de réussir celui-ci. Ginette a aujourd’hui un an et c’est un petit rayon de soleil. C’est une grande joie de la tenir dans mes bras et j’étire les boires, les câlins, comme si je devais tout lui donner en double, et je le fais avec plaisir.

 

Author: Vicky Marois

Je suis une maman qui travaille, qui n’a pas de patience, qui n’aime pas jouer, mais qui tripe sur le bricolage et qui aime ses enfants plus que tout. Je suis une maman provenant d’une famille éclatée qui tient mordicus à sa famille nucléaire. Je suis une maman en apprentissage, en formation continue de maman depuis maintenant presque 6 ans. Je suis une amoureuse, qui vit avec un maudit français. Je suis une femme qui s’assume de plus en plus dans sa chair et qui souffre d’un SPM ravageur. Je suis une artiste qui n’a plus le temps de sortir ses pinceaux. Je suis sans contredis une grande gueule qui a besoin d’être entendue et lue. Je suis Vicky.