Accoucher sans sa mère : récits et trucs.

Ma mère était malade dans sa tête. J’ai expliqué à mon fils, quand il avait 2-3 ans, que ma mère avait tellement de peine dans son cœur qu’elle en est morte. C’est compliqué, c’est comme ça. Il ne l’a pas connue. Il a sa mamie Cécile, ma mère synthétique, la femme de mon père. Être enceinte, quand ta mère n’est pas dans le tableau, ça soulève des questionnements.

Ma mère synthétique était athlétique, grande et mince quand des rejetons lui sont sortis du corps. La mère de mon mâle est une petite femme robuste qui courrait quand même son marathon si elle se faisait arracher une jambe en cours de route. Ma mère, d’après le témoignage de mon père, je l’ai tellement défoncée qu’elle a refusé de retomber enceinte tant qu’un obstétricien ne lui garantirait pas une césarienne pour le deuxième. Alors, je ne savais pas vers qui me tourner pour poser toutes les questions qui m’assaillaient.

Pour être honnête, considérant la largeur de mon cul bassin, pour mon premier, je ne m’étais pas préparée à l’accouchement. La grossesse se déroulait bien, tout le monde était content et je ne m’inquiétais pas. J’avais ressenti le manque de présence de ma mère, mais sans plus. Je n’avais pas trop cherché de soutien et j’étais à l’aise avec ça. Ma mère synthétique était tout de même présente au début du long travail, mais n’étant pas intimes comme si c’était elle qui avait changé mes couches, je l’avais mise à la porte après un certain moment. Au final, ça a complètement chié. J’ai eu un déclenchement à 41 2/7 qui a viré en césarienne d’urgence. Bébé a fait une turbo-jaunisse et nous sommes restés à l’hôpital une semaine. J’étais sonnée, déçue, brisée et j’ai porté une lourde culpabilité pendant des années.

À ma deuxième grossesse, j’ai eu envie de tenter l’AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Malheureusement, bébé Étoile avait le syndrome de Di Georges et était tellement mal en point que j’ai choisi d’interrompre ma grossesse à 20 semaines. Je l’ai accouchée par voie basse façon mini bébé avec sa petite tête de clémentine, référence douteuse du mois de décembre parce que c’était le 6, et je l’ai bercée alors qu’elle était déjà partie. Pour vivre cette épreuve, je m’étais entourée de ma mère synthétique, de mon mâle et j’avais fait appel à une psychologue pour me préparer au deuil que j’allais vivre. C’est en jasant avec elle que j’ai décidé de me servir de cette expérience pour ressentir les douleurs des contractions et les apprivoiser. J’ai abordé cet accouchement comme une pratique pour mettre au monde le bébé qui viendrait après. J’étais dévastée, même si j’étais préparée. J’ai fait la courge pleureuse sur mon sofa pendant un mois, mais mon mâle m’a acheté pour 400$ de peinture et m’a ordonné de bouger. Quand je me suis finalement levée de mon sofa, j’ai entrepris de préparer une belle chambre de fille (par chance j’ai eu une fille) pour la cocotte qui viendrait. C’était une thérapie par l’action, le rouleau et le pinceau faisant office de psy.

À ma troisième grossesse, je suis devenue une championne de la périnatalité. J’ai attendu 20 semaines avant de vraiment assumer que j’allais avoir un bébé, mais à environ 30 semaines, j’ai réalisé qu’il y avait une très forte probabilité que je doive accoucher: qu’un bébé me sorte du corps. J’étais, jusque là, déconnectée de mon bébé et anxieuse parce que je venais d’en perdre un, donc je me suis mise à me renseigner sur tout ce qui avait un lien avec la grossesse, la naissance, l’allaitement et le 4e trimestre. J’ai brièvement évoqué la possibilité d’avoir une accompagnante à la naissance, mais mon mâle s’est senti menacé (maudit français macho). Je me suis donc inscrite à un fabuleux groupe de mamans chez Ressources Naissances, que je rencontrais toutes les semaines pour discuter de divers sujets. En entendant leurs récits, j’ai réussi à dédramatiser mes deux expériences traumatisantes. Je me suis inscrite à un atelier de préparation à l’AVAC et j’ai aussi suivi, toujours chez eux, un atelier de préparation à l’allaitement. J’ai acheté Une naissance heureuse d’Isabelle Brabant, qui expliquait comment accueillir un nouveau bébé dans la joie. J’ai lu et relu des récits d’accouchements tous plus dégueulasses les uns que les autres, mais aussi des beaux et magiques dans Le guide de la naissance naturelle d’Ina May Gaskin. Je me suis pardonnée tout ce que je croyais faussement être de ma faute : la césarienne, l’allaitement qui n’a pas fonctionné, la perte de bébé Étoile, etc. J’ai parlé avec des collègues qui avaient des expériences variées. J’ai posé des questions à ma mère synthétique, même si nos gabarits ne sont clairement pas pareils, j’ai accepté son aide et je l’ai invitée à assister au travail. J’ai questionné ma tante, côté maternel, j’ai parlé à ma cousine qui a enfanté 3 fois. J’ai fait le plein et j’ai fait le vide avec le yoga. Je me suis écoutée. J’ai fait un rêve, dans lequel j’étais debout sur une balançoire et qu’à chaque aller-retour correspondait une contraction. Je souriais, j’avais une robe d’été fleurie et légère, les cheveux dans le vent. Je me suis accrochée à ce rêve et je l’ai même illustré à l’aquarelle dans le livre de bébé. Finalement, Ginette (qui vient d’avoir un an) est arrivée dans un déluge de fluides épouvantable. J’ai vomis sur mon chum, j’ai vigoureusement pissé sur la résidente en obstétrique, j’ai dégueulassé la salle d’accouchement avec mon liquide amniotique infecté qui sentait la mort, le médecin a décidé de me faire une épisiotomie et de continuer à déchirer le tout avec ses mains pour extirper le bébé de cet environnement toxique que j’étais devenue, mais pour moi, c’est le plus merveilleux de mes accouchements.

C’est lors de cette dernière grossesse, que la présence rassurante de ma maman m’a manquée le plus. J’aurais voulu l’avoir auprès de moi. La maternité m’a confrontée plus que jamais à son absence, parce que j’avais le deuil de mon bébé à faire en même temps que je portais la vie. Lors de mes premières règles ou relations sexuelles j’aurais aimé lui parler, mais être maman sans sa maman, c’est un peu comme apprendre sur le tas, sans coach. J’ai utilisé mamie Cécile, mais ce n’est pas MA maman, c’est une relation différente. En cherchant un peu, j’ai découvert des ressources à la tonne et je me suis composé une équipe de feu et faite une préparation du tonnerre. J’aimerais vous dire, Mesdames, utilisez tous les vagins qui ont enfanté mis à votre disposition: les belles-mères et autres substituts, les tantes, les collègues, les amies, les cousines, toutes les femmes, même les inconnues. Ne vous laissez pas atteindre par les récits d’horreur, cherchez plutôt à vous documenter sur les accouchements jolis, mais par-dessus tout, sur ceux empreints de vérité. Vous n’êtes pas obligées d’avoir un orgasme pendant le vêlage, ni de manger votre placenta à la pleine lune, mais faites vos recherches, ne soyez pas ahuries lorsqu’un bébé refusera de sortir de votre corps, comme Jean-Guy (qui a 5 ans maintenant) ou qu’un bébé sera extirpé par la force, comme Ginette. Tous les scénarios, même les plus juteux (quand tu connais le petit nom du gars de l’entretien parce qu’il est passé 3 fois), sont extraordinaires, exception faite de ceux qui se terminent avec un bébé mort dans les bras, même s’il y a des apprentissages à en tirer je pense.

Malgré toute la préparation possible, je demeure convaincue que la présence d’une mère est indispensable pour enseigner la maternité à sa fille et ça m’a tout de même manqué, même avec mamie Cécile à mes côtés. Sache, ma Gigi d’amour, que quand tu seras sur le point de fendre en deux et que ton chum constatera qu’il pourrait mettre un bras et la moitié de sa tête en toi, en plus de sa verge turgescente, je serai là, car tu auras besoin de moi.

 

Author: Vicky Marois

Je suis une maman qui travaille, qui n’a pas de patience, qui n’aime pas jouer, mais qui tripe sur le bricolage et qui aime ses enfants plus que tout. Je suis une maman provenant d’une famille éclatée qui tient mordicus à sa famille nucléaire. Je suis une maman en apprentissage, en formation continue de maman depuis maintenant presque 6 ans. Je suis une amoureuse, qui vit avec un maudit français. Je suis une femme qui s’assume de plus en plus dans sa chair et qui souffre d’un SPM ravageur. Je suis une artiste qui n’a plus le temps de sortir ses pinceaux. Je suis sans contredis une grande gueule qui a besoin d’être entendue et lue. Je suis Vicky.