Depuis que je suis ta maman.

Mon amour. Depuis que je suis ta maman, je me surprends à essuyer furtivement une larme sur ma joue, à arrêter tout ce que je fais pour t’admirer subtilement ou à sourire doucement, la tête appuyée dans ma paume de main, alors que tu me racontes une histoire abracadabrante, tout en gesticulant de tous tes membres.

Ça arrive, alors que je te regarde jouer, concentré, installé par terre avec tes dizaines de petites voitures. Ou quand je te vois essayer maladroitement de t’habiller-tout-seul-comme-un-grand, en mettant deux jambes dans le même trou de pantalon. Même quand tu dors, ta petite bouche ouverte et ton petit corps tout de travers dans tes draps de dinosaures, on dirait que le temps s’arrête et qu’il n’y a que nous au monde.

Je suis fascinée. Émerveillée. Mon coeur explose de tendresse. Et de fierté. À ne plus savoir quoi en faire.

Dans ces moments, je me sens submergée d’un amour difficile à expliquer. Tellement pur et doux, intense et vif à la fois. Rien ne peut affecter cet amour-là. Il se trouve dans une bulle impénétrable, à l’abri de toute intempérie.

Je t’aime, simplement. Peu importe l’ampleur des dégâts que j’aurai à essuyer tantôt, peu importe les quelques minutes de retard que j’aurai dans mon travail, peu importe les heures de sommeil perdues ou les objets brisés en mille morceaux.

Par moments, je me demande comment ce serait, si je ressentais un tel amour envers moi-même.

Comment serait le monde, si on arrivait à s’aimer aussi naturellement qu’on peut aimer nos enfants? Si on se parlait à nous comme on leur parle, à eux? La majorité du temps, mon discours envers mon garçon est teinté d’encouragements, d’empathie, d’admiration. Je cherche constamment à le soulever avec mes mots, pour qu’il se fasse confiance et apprenne à se relever sans trop de mal, quand il tombe. Je vois d’emblée son évolution, son amélioration, même dans les détails les plus infimes.

Mon fils, je lui laisse toute la place dont il a besoin pour vivre ses émotions. Je lui fais sentir que celles-ci sont valides et qu’il est en sécurité pour s’exprimer. C’est important pour moi. Je me donne pour mission de l’apaiser, de l’appuyer, de le guider.

Dans ma réflexion, je me rends compte que la plus grande nuance, dans le discours que j’ai envers lui, contrairement à celui que j’entretiens régulièrement envers ma propre personne, c’est un aspect-clé, un détail qui fait toute la différence : la bienveillance.

Je crois qu’on aurait tout à gagner à s’accepter un peu plus et s’accueillir au quotidien dans nos maladresses ainsi que nos imperfections. Sans oublier, de faire davantage preuve de patience envers nous-même. J’entends si souvent des mamans autour de moi se taper sur la tête, se critiquer durement et inutilement ou invalider leurs émotions. Moi la première. J’ai l’impression qu’il est plus naturel de se diminuer que de  s’encourager. J’ai parlé à tant de mamans qui ne se croyaient pas à la hauteur, qui ne voyaient que leurs défauts.

Pourtant, quand nos enfants se trompent, on les encourage à se reprendre et à s’améliorer. Quand leurs émotions débordent, on les aide à les comprendre, à les gérer. Si nos enfants se rabaissent, on leur fait voir un autre côté de la médaille, on rectifie leurs perceptions. Ces comportements sont souvent naturels quand ils sont à l’intention de nos minis, mais c’est autre chose quand il s’agit de notre discours interne. On a appris à se traiter autrement, mais c’est possible de renverser les choses, de désapprendre ces mécanismes-là, au profit de d’autres, de mieux, de doux.

Je ne demande pas à mon fils d’être parfait. Je n’attends pas de lui qu’il réussisse tout du premier coup ou qu’il ne fasse pas d’erreur. Je n’exige pas qu’il soit le meilleur, ni le plus fort. Alors pourquoi entretiens-je ces attentes envers moi-même? Pourquoi tenter d’atteindre sans cesse l’inatteignable? C’est exigeant, épuisant et surtout, impossible.

J’ai réalisé que, non seulement je me déculpabilise lorsque j’adopte un discours bienveillant envers moi-même, mais j’apprends également à mieux me connaître et assumer qui je suis. La beauté dans les erreurs et les gaffes que nous faisons chaque jour, c’est que nous aussi, on s’efforce de mettre en place des stratégies pour s’améliorer et ne plus les refaire. Nous aussi, on est en apprentissage, et nous aussi, on aurait besoin de se faire valider les émotions et rectifier les perceptions, de temps à autre.

Je crois que d’en être un exemple est une façon bien efficace pour que nos minis constatent et intègrent, au fil de leurs expériences, que c’est normal qu’on se plante, parfois. Et que ce n’est pas pour autant qu’on ne peut plus avancer.

Author: Sophie Sarrazin

De maman hypersensible à étudiante typiquement caféinée, ma vie tourne pas mal autour du fait que j’aime les humains (surtout celui que j’ai créé) et que j’aspire à en devenir moi-même un pas pire épanoui. L’écriture, c’est mon calme dans la tempête.
Trucs essentiels à savoir sur moi :
Mon passe-temps préf : donner l’impression que je gère, alors que pas pantoute.
La chose que j’hais : Me faire dire quoi faire ou comment penser.
Mon habitude fatigante : chercher un sens à tout.
Mon spirit animal : Lorelai Gilmore.