Tu le garderas pas avec un bébé.

Tu gardais des enfants quand t’étais petite. Pis t’étais bonne. T’aimais ça. T’étais pas mal populaire comme gardienne parce les enfants te trouvait ben chill. Tu jouais avec eux. C’était facile pour toi. T’avais de l’expérience parce chez vous t’étais la plus vieille. Tu rêvais au jour où t’allais en avoir un juste à toi. Tu te disais que t’étais faite pour ça. Tu aimes les enfants les enfants t’aiment.

T’as eu 2-3 chums au secondaire. T’étais en amour à chaque fois. Mais ça marchait pas, t’étais pas importante pour eux. Ils aimaient mieux faire le party. Toi tu rêvais du grand amour. D’un gars sérieux. De te marier. De faire des bébés. Quand tu l’as rencontré, beau, grand, brun, t’as tout de suite pensé que c’était lui le bon. Il prenait soin de toi. Il t’aimait lui aussi. Trop beau pour être vrai. T’allais pas laisser ta chance passer.

Vous êtes déménagés ensemble. Tes parents trouvaient que c’était trop vite, mais tu les rassuraient en leur disant que t’étais heureuse. Ça faisait juste 2 mois que vous étiez en amour, mais t’avais l’impression de le connaître depuis toujours. T’avais aucun doute que c’était l’homme de ta vie. Il était doux, patient. Toujours de bonne humeur. Il en voulait des enfants, mais pas tout de suite. Il voulait profiter de la vie avec toi avant. Pis voyager. Vivre dans votre petit 3 1/2 un bout de temps pour économiser. Parce que c’était juste assez. Parce que vous êtes bien collés. Parce qu’il voulait t’acheter une maison un jour, pis peut-être bien un chien.

Vous aviez plein de projets à deux.

Mais toi, tu voulais tout pis tout de suite. Tu l’avais enfin trouvé l’homme de tes rêves tu voulais pu attendre. Y’ avait une grosse petite partie de toi qui avait peur de le perdre. Qui avait peur qu’il se lève un beau matin, pis qu’il réalise que t’étais pas si belle. Que t’étais pas si drôle, ni plus intelligente que ça. T’avais peur qu’il parte avec une autre. Que tes rêves de mariage, de bébés, pis de voyages pis de chien, il les réalise avec elle.

La première fois que t’as oublié ta pilule, c’était un vrai oubli. T’as eu la chienne pis ben vite tu t’es dit « y’ arrivera ce qui arrivera. » Pis t’en a « oublié » plusieurs autres ce mois là. À la fin de ta plaquette, t’es juste pas allé en chercher une autre au Jean-Coutu.

Il t’avait dit qu’il en voulait des enfants avec toi. Ce serait juste une belle surprise non ?

Quand tu lui a dit que t’étais enceinte. Que c’était un « accident ». Il a beaucoup pleuré. Pis toi aussi. C’était pas toutes des larmes fakes. Tu te sentais mal pour vrai. Parce qu’au travers de ses larmes à lui, c’était toi qu’il essayait de consoler. Il te disait que ça allait être correct même si y’avait le shake en dedans.

T’avais  un peu la chienne. Mais tu réalisais pas le vrai poids de la décision que t’avais prise pour lui. Pour vous. T’avais pas catché que de forcer le destin comme tu venais de le faire, ça allait fucker le reste de ton conte de fées.

La vérité, fille, c’est que tu le connaissais pas tant que ça avant que tu tombes enceinte de lui. C’était un bon gars. Beau. Grand. Brun. Doux pis patient. Il voulait des enfants. La vérité fille, c’est qu’avant 6 mois sont pas mal tous bons. Pis beaux. Pis patients. Pis doux.

Pis là tu comprenais pu rien. Plus tu grossissais, moins bien que ça allait.

Il était stressé. Par l’argent surtout. Pis par le manque d’espace. Pis par ce nouveau rôle auquel il ne connaissait rien. Stressé aussi parce même si quand il te disait qu’il t’aimait  il le  pensait, ben là y’avait pu le choix de rester avec toi. Parce que de toute façon. Peu importe ce qui allait ce passer. T’allais être dans sa vie pour toujours.

Il était triste. Pis ça, il osait pas te le dire parce que dans sa tête à lui, t’étais pas responsable de ce qui vous arrivait. Il devait faire le deuil de sa vie. De ce que vous auriez pu être. Des années que ce petit bout de vie dans ton ventre venait lui voler.

Il avait peur. Pis ça non plus il te le disait pas. Parce qu’il voulait être fort pour toi. Parce que c’était sa job de gars, sa job de papa. Mais il se sentait pas prêt à être responsable d’une autre vie. Il s’en voulait d’avoir été imprudent. De t’avoir mise dans cette position là toi aussi.

Pis le bébé est arrivé. Parfait. Pis vous avez vécu 48 heures dans une bulle de bonheur pis d’amour. Tu te sentais toute puissante d’avoir donné la vie. Ça faisait longtemps qu’il t’avait pas regardé comme ça. Plein de fierté. Tu pensais que vous aviez traversé le plus gros de la tempête. Que maintenant que votre bébé était là, vous seriez unis pis heureux.

Mais là à matin, sur ton divan usé, tu manques de sommeil, pis il t’aide pas. Tu pensais qu’il allait se lever la nuit pour donner le biberon. Que vous alliez vous partager ça à deux. Toute ça là… la grosse job que ça implique d’avoir un bébé. La grosse job que tu te doutais pas qui s’en venait pis qui fait juste commencer.

Parce que ta petite fait des coliques. Genre à partir de 18h jusqu’à 4:00. Pis que dans le jour à dort pas. Pis qu’à boit aux 2 heures. T’es même allée à l’hôpital parce que tu pensais qu’ils t’avaient refilé un bébé brisé. Tu pensais qu’ils allaient te la réparer.

Ben non. Elle est parfaite ta petite chouette. C’est juste ça : avoir un bébé.

Pis tu retournes chez vous pis tu brailles. Pis t’oses pas dire à personne que tu regrettes. Parce tu t’en veux à mort de juste le penser. Parce que tu l’as voulue ta belle boulette. Parce que malgré tout tu donnerais ta vie pour elle. Mais ça ferait dont du bien de te confier à quelqu’un. De te soulager. Mais si fallait que ton beau brun apprenne ça, il décalicerait. Il te l’a dit qu’il y pensait hier. Quand vous vous êtes encore chicanés pour l’argent. Parce que du lait pis des couches, tu savais pas que ça vous coûterait chacun un rein.

Pis même si tes amies likent tes photos sur Instagram, qu’elles te disent toutes que t’es dont belle depuis que t’es maman. Que t’as fait le plus beau bébé du monde. T’es toute seule. Avec un chum que tu connais pas. Avec un chum qui lui-même se reconnaît pu. Avec un chum qui part le 3/4 du temps parce que dans maison l’air est lourd de malaises. De chicanes pis de cris. Lourd de reproches.

T’es toute seule avec un corps que t’assumes pas. Que t’aime pu. T’es toute seule avec tes regrets. Avec ton secret. Toute seule avec une relation qui va nul part. Toute seule avec le fantôme de ce que votre vie aurait pu être. Si t’avais su te faire confiance, lui faire confiance à lui aussi. Si t’avais su prendre ton temps pis faire les choses comme il faut.

Parce que faire un bébé, c’est pas une solution pour garder un gars.

Fais confiance à ton awesomness pour ça. Je te le dis fille, t’es parfaite.

La vie est déjà assez turbulente sans que tu te crées plus de tempêtes. Fais-lui confiance.

Elle va t’emmener à la bonne place. Pis au bon moment.

Parce que des « j’aurais pas du » ça te ramène pas en arrière.

Author: l’Emmèredeuse

L’emMÈREdeuse, c’est moi : Catherine.
Maman de deux (petits monstres) adorables garçons : Tom le dresseur de loups et Henri le Bébé Loup.
Je suis copropriétaire d’une famille recomposée remplie d’amour et de folie.
Ma plume prend parfois des chemins humoristiques, parfois des plus sérieux, mais toujours ceux de l’authenticité et de l’humilité.
Maman Louve à mes heures. Je partage avec vous les petits et grands moments de mon quotidien de maman.
De maman ben ordinaire.
Qui travaille à temps plein … Pis qui fait son gros possible.