À toi, qui arrive pas à devenir maman.

À toi, qui s’essaie. Depuis 6 mois, 1 an, 2 ans ou 5.

Ça marche pas. Tu sais pas trop pourquoi. Ton ventre semble inaccueillant. T’as tellement d’amour dans le cœur pourtant.

Tu me l’as mentionné comme ça sur le fly, que pour toi ça marchait pas, après que je t’aie raconté que mon coco faisait pas ses nuits, pis que jétais fatiguée. Tu chatouillais le cou de mon bébé potelé. Et ça m’a donné un choc électrique dans le cœur.

T’as presque fait comme si c’était pas si grave que ça, comme si ça te brûlait pas en dedans, parce qu’après tout, qu’est-ce qu’on peut bien y faire?

Mais y’avait cette petite brillance dans le coin de ton œil qui t’a trahi. Que j’ai reconnu.

Tu te disais que tu les prendrais mes nuits blanches pour coller ton bébé à l’infini et que tu échangerais ma fatigue contre tes ovaires qui sont comme un désert aride. Tu te disais sûrement que je me plaignais pour rien…

Parce que tu sais quoi, je la connais bien cette torture attente-là…

Celle d’avoir enfin un petit bout de vie qui s’accrochera à toi. C’est animal, c’est viscéral. Pis ça résonne tellement profondément qu’il n’existe pas de mots pour expliquer vraiment combien ça fait mal en dedans.

Et à chaque mois,  l’espoir que tu pensais perdu pour de bon renaît doucement. Alors que tu es à l’écoute de tous les petits gargouillements et tiraillements dans le bas de ton ventre, les papillons emplissent ton cœur à chaque petit symptôme qui pourrait t’annoncer l’arrivée de ton précieux bébé. Chaque mois la déception n’en est que plus grande.

La douleur, physique te ronge, mais surtout, la détresse psychologique.

L’incompréhension, l’impression d’avoir fait quelque chose de mal pour mériter ça.

Toi qui est pas croyante, t’as même commencé à parler à dieu ou à quelque chose de plus grand, le soir avant de t’endormir. T’es prête à marchander, à donner gros, voire tout ce que t’as, pour avoir la chance d’entendre une petite voix t’appeler  »maman ».

Plus le temps passe, moins tu te reconnais. T’as jamais été quelqu’un de jalouse, t’as toujours souhaité que du bien à ceux qui t’entourent. Mais là, t’en peux plus de voir toutes tes amies tomber enceintes une après l’autre. Ta belle sœur, tes collègues. Sans trop essayer, sans trop le vouloir, par accident. Tu souhaiterais secrètement qu’elles vivent la même douleur que toi, dans le coin le plus noir de ton cœur, t’as même déjà souhaité à une autre femme de perdre son bébé. Juste parce que t’as l’impression que ça te ferait moins mal de souffrir à deux. Mais au fond tu le sais ben que ça pas d’allure, t’as honte comme ça ce peut pas que ces idées-là traversent tes pensées et t’oserais jamais les formuler à voix haute. Et quand par malheur t’apprend que quelqu’un a fait une fausse couche, t’as l’impression que c’est un peu de ta faute.

Ce qui était un beau projet de couple au départ est rendu ta torture quotidienne. Tu t’es préparée longtemps avant de faire le grand saut.

Mais là t’en peux juste plus de vivre dans cette attente-là. Des jours tu te sens sereine, tu te dis que  »ça arrivera quand ça arrivera » ou  »au pire on adoptera », tu te couches le cœur un peu plus léger. Mais le lendemain matin le désir de porter l’enfant de ton chum est revenu encore plus fort. Tu le souhaite tellement, ce petit bébé qui va avoir ses yeux que ça te fait mal dans le ventre, que ça te plie en deux.

T’as même arrêté d’en parler à tes proches, parce qu’ils ont tous de très bons conseils qui te font descendre encore plus creux.

 »Arrête d’y penser »

 »T’essaye trop »

 »Tu te met trop de pression »

 »T’es encore jeune, t’as le temps en maaaaasssse »

C’est impossible de comprendre quand on ne l’a pas vécu.

C’est enrageant de se faire répéter ces mêmes phrases toutes faites-là par des gens qui n’ont aucune idée de ce que tu traverses.

Mais tu souris, tu hoches de la tête et tu ravales ta rage. À quoi bon?

Je voudrais te dire que tu as le droit d’avoir de la peine.

Que c’est normal que tu ressentes de la colère. De l’injustice. La plus grande tristesse de ta vie et de la détresse.

Je ne te dirai pas de ne pas t’en faire, que tout va finir par bien aller, la vérité c’est que personne ne peut vraiment savoir s’il va vraiment arriver ton petit bébé.

Mais je peux te dire que t’as rien fait de mal pour mériter ça.

Que tu le mérites autant que toutes les autres ton titre de maman.

Certains bébés prennent juste plus de temps pour arriver.

Certains n’arriveront jamais.

Je te souhaite une fin heureuse, une belle surprise prochainement.

D’ici-là ne sois pas trop sévère envers toi-même, la vie finit toujours par nous emmener à l’endroit exact où l’on doit être.