Maman, c’est Pas la plus forte.

Crédit photo : robbie photographie

 

Quand tu dessines notre famille, je suis toujours la plus grande. La plus robuste. J’ai les bras grands ouverts : prête à t’accueillir, pour te câliner et te protéger. C’est d’ailleurs la première chose que je t’ai promise, Quand on t’a déposé dans mes bras et que je t’ai bercé contre mon cœur : que quoi qu’il arrive, jamais je ne laisserais personne te faire du mal.

C’était bien beau cette utopie de femme qui vient de donner la vie et qui se sent toute puissante… J’ai bien peur que maman va devoir faillir à cette promesse.

Comprend-moi bien : je ferai tout. Tout. Tout. Tout. Pour te défendre jusqu’au bout de ma vie. Je vais te protéger comme une maman louve. Je ne resterai jamais passive si quelqu’un un jour te fait du mal, avec ses poings ou avec sa bouche. Tu réveilles en moi ma force combattive. Tu es mon petit chaton.

Mais les réseaux sociaux… ça me fout la trouille. Il n’y en avait pas de tout ça quand j’étais petite et ça n’empêchait personne de détruire les plus sensibles comme moi, à coups de mots. Mais au moins, le soir, à la maison, j’étais en paix, à l’abri, en sécurité. Je pouvais reprendre des forces et recharger mes batteries de courage jusqu’au lendemain.

Je ne sais pas comment je vais faire pour pouvoir t’offrir ce même petit havre à la maison à mon tour.

J’espère tellement que tu me feras confiance  si un jour tu vis de l’intimidation. Que tu te sentiras à l’aise de me raconter tes petits et grands malheurs aussi.

J’ai l’impression qu’on en parle de plus en plus dans les médias, Mais sans nous donner de pistes de solutions. Je suis conscientisée, mais tellement peu outillée. Je ne sais pas quoi faire pour te protéger.  »Ignore-les »,  »va voir un adulte »,   »ne te laisse pas faire »,  »défend-toi ». Je n’ai aucune idée de quel conseil te donner.

Je me sens désemparée mon chaton. Mon poulet, mon si-petit-encore-garçon.

Ça me ferait tellement mal que quelqu’un s’amuse à éteindre ton awesomness petit à petit.

Les gens parlent de prévention, dénoncent l’intimidation. Et je vois ces mêmes adultes-là s’intimider entre eux un peu plus tard sur les zinternets. Ceux-là, les parents de tes petits futurs amis d’école. Ceux censés faire de la prévention aussi avec leurs petits chats.

Et ça, ça m’inquiète en pas pour rire.

Et me voilà, à me demander sérieusement si je dois t’épiler le mono-sourcil avant ta rentrée scolaire. Si je dois jeter tous tes chandails de loup, tes souliers qui allument et tes joggings laids. Pour t’acheter du linge à la mode. Parce qu’à mon école, le petit gars poilu avec un coton ouaté de loup, ben y’en avait pas d’amis.

J’ai peur.

Peur que quelqu’un jette de l’ombre dans tes grands yeux espiègles.

Que quelqu’un s’autorise à te rabaisser. Mon petit-immense amour à moi que j’ai tant espéré.

C’est sûrement pas juste les échos pas si lointains de mon passé à moi qui refont surface. Les réseaux sociaux regorgent d’histoires à briser le coeur.

On me dit de te faire confiance. Je le fais. C’est en les autres enfants pas fins que j’ai pas confiance.

Parce que moi, je le sais à quel point tu es génial. Tu es passionné par les loups, les requins et les dinosaures. Tu connais leurs noms en latin, tu sais lesquels sont herbivores.

Maman n’est pas la plus forte.

Je ne pourrai pas toujours te protéger.

Mais si quelqu’un te fait du mal, je deviendrai aussi féroce que la maman louve-blanche-d’hiver-artique de ton histoire qui protège ses petits bébés.

Parce qu’au final, je le sais ben que je ne voudrai pas te faire mal pour épiler ton mono-sourcil. Et aussi, ce serait de t’envoyer un bien vilain message que de te dire que ton corps est pas correct. Parce que t’es juste freakin’ parfait.

Je le sais aussi que la première journée d’école je vais te laisser monter dans l’autobus avec ton coton ouaté de loup usé à force de se faire laver et ton pantalon de jogging préféré avec une ligne orange sur le côté. En espérant que ça te donne de la confiance à la pelletée.

Je le sais que je vais me battre la journée de la photo scolaire pour que tu te mettes  »beau » et que finalement sur ton portrait tu seras tout crotté et couetté parce que tu vas avoir chassé les bibittes pendant la récré.

Et tu sais quoi mon Thomas. Change jamais pour personne.

On traversera le pont ensemble si on se rend à la rivière.

La maternelle n’a qu’à bien se tenir. Ils n’auront jamais vu personne rocker autant le coton ouaté de loup.

Author: l’Emmèredeuse

L’emMÈREdeuse, c’est moi : Catherine.
Maman de deux (petits monstres) adorables garçons : Tom le dresseur de loups et Henri le Bébé Loup.
Je suis copropriétaire d’une famille recomposée remplie d’amour et de folie.
Ma plume prend parfois des chemins humoristiques, parfois des plus sérieux, mais toujours ceux de l’authenticité et de l’humilité.
Maman Louve à mes heures. Je partage avec vous les petits et grands moments de mon quotidien de maman.
De maman ben ordinaire.
Qui travaille à temps plein … Pis qui fait son gros possible.