Je voudrais que tu sois une femme.

Je voudrais que tu sois une femme. Juste pour quelques heures.

Que tu marches dans mes souliers pour une journée.

Pis que tu sois menstruée. Beaucoup.

Pour que tu saches ce que c’est quand t’as l’impression que tout va arracher.

Pis que tu connaisses le stress quand t’as peur que ça déborde.

Pis l’inconfort qu’on endure pendant une semaine.

Peu-être qu’ensuite t’arrêterais de parler de mes hormones et de me demander si je suis dans ma semaine quand je revendique des choses. Quand je suis pas d’accord avec toi ou que je feel pas.

Je voudrais savoir si ça t’épuiserait toi aussi.

Physiquement et mentalement.

Je voudrais savoir si tu succomberais ou pas à l’envie de te rouler en petite boule et d’attendre que ça passe.

Serais-tu capable de garder le fort si tu saignais de ta queu* une fois par mois ?

Je voudrais que tu sois une femme.

Pour que tu feel le poids qui pèse sur mes épaules.

Juste parce que je suis une femme.

Pour que tu vives la charge qui pèse sur mon mental.

Que tu te lèves avec tout ce que j’ai en tête.

«Y’a pu de serviettes de propres, faut je parte une brassée avant de partir travailler pis que je la mette dans sécheuse dès que je reviens à la maison. Je dois décongeler le saumon pour le souper. C’est la journée livre à la garderie. Demain les enfants ont rendez-vous chez le dentiste, et j’ai les habits du mari à aller chercher au nettoyeur. Il faut faire couper les griffes du chien. Bébé a besoin de couches à la garderie.»

Je voudrais que tu sois une femme. Pour qu’on se partage équitablement tous ces petits tracas.

Au moins une fois.

Je voudrais que tu comprennes à quel point ça m’irrite quand je te demande de l’aide, et que tu me réponds :  »oui 2 secondes », mais quelles se transforment en 10 minutes.

Alors je fais sans ton aide.

Parce que ça doit être fait avant que je puisse me reposer moi aussi.

Je voudrais que tu comprennes que j’ai besoin que tu me protèges, tout en me laissant libre.

Je voudrais que tu ressentes à quel point on vit dans une société mysogine.

Je voudrais que tu ressentes le malaise que le regard de certains hommes me font vivre.

Et la rage que les commentaires et blagues sexistes font naître au plus creux de moi.

Je voudrais que tu saisisses toute l’ambivalence qu’il y a dans le cœur d’une femme.

Toute la rancœur qu’on peut ressentir parfois de ne pas être égale aux hommes.

Je voudrais aussi que tu saches ce que ça fait que de porter la vie.

Oui, je voudrais partager cela aussi.

Je voudrais que tu sois une femme.

Juste une petite minute.

Et que tu doives décider comment t’habiller un petit matin.

Que tu t’endormes juste une fois avec ce poids de ton sexe sur la poitrine.

Je voudrais que tu sois une femme.

Pour que tu sois l’abusé et non l’abuseur juste une fois.

Que tu ressentes de la honte vis-à-vis ton corps.

Ton corps terre de moqueries.  »Pas assez de seins mais trop de fesses »

 »trop de courbes ici mais pas assez par-là »

Je voudrais que chaque homme soit une femme au moins une fois dans sa vie.

Pour qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas rois en leur pays.

 

(Notez que cette lettre ne s’adresse à personne en particulier, mais à tout le monde en même temps.)

Author: l’Emmèredeuse

L’emMÈREdeuse, c’est moi : Catherine.
Maman de deux (petits monstres) adorables garçons : Tom le dresseur de loups et Henri le Bébé Loup.
Je suis copropriétaire d’une famille recomposée remplie d’amour et de folie.
Ma plume prend parfois des chemins humoristiques, parfois des plus sérieux, mais toujours ceux de l’authenticité et de l’humilité.
Maman Louve à mes heures. Je partage avec vous les petits et grands moments de mon quotidien de maman.
De maman ben ordinaire.
Qui travaille à temps plein … Pis qui fait son gros possible.